L’enfer (du point de contrôle passagers aux É-U) est pavé de bonnes intentions

Le site Internet du groupe Bloomberg s’est récemment fait l’écho d’une prochaine modification des scanneurs corporels d’aéroport.

Depuis plusieurs mois, ces machines injustement dites « de fouille à nu virtuelle » ont commencé à fleurir dans les aéroports américains mais aussi canadiens (notamment Montréal-Trudeau). Au grand dam de plusieurs organisations de défense des droits et libertés qui n’ont de cesse de crier à l’invasion de l’intimité du passager.

Nous ne reviendrons pas sur ce débat. Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est bien plutôt la nature de l’amélioration proposée aux logiciels traitant les images tirées de ces nouveaux scanneurs.

En effet, les sociétés L-3 Communications et OSI Systems (qui fabriquent les modèles les plus usités dans les aéroports) sont en pourparlers avec la Transportation Security Administration (TSA) pour ajouter une fonctionnalité qui, nous dit-on, mettrait fin à la stigmatisation de leurs appareils.


Actuellement, pour chaque passager qui se soumet au balayage d’un de ces scanneurs, il est généré une image en 3 ou 2 dimensions (selon les modèles) qui laisse apparaitre la silhouette et certains détails anatomiques :

Scanner

Scanner à ondes millimétriques

Backscatter_scan1

Backscatter scan

Compte tenu du caractère délicat de ce genre d’images, la TSA (et son homologue canadien, l’ACSTA) font analyser ces images en direct par deux membres de son personnel (un homme et une femme qui se relaient en fonction du sexe du passager considéré) placés dans un local fermé à immédiate proximité du point de fouille.

Source : Rapiscan Systems Ce que proposent aujourd’hui les fabricants de ces scanneurs, c’est de remplacer ces images jugées trop suggestives par une image générique telle que présentée ci-contre.

Conséquence immédiate de cette modification : les opérateurs du système ne verraient plus l’image des objets ou artéfacts suspicieux qu’ils sont censés traquer.

Aussi la modification logicielle envisagée prévoit-elle de signaler par un repère (ici un rectangle rouge) la position d’un objet nécessitant une fouille plus poussée.

Sur le papier, c’est la plus belle invention après le fil à couper le beurre.

En effet, on balaie ainsi d’un revers de la main les critiques de fouille à nu virtuelle. Mieux encore, on supprime du même coup la cabine fermée dans laquelle deux agents analysent les images (économisant ainsi sur le matériel et la main d’oeuvre afférente). Et le tour est joué !

Malheureusement, tout cela n’est pas aussi simple.

Car en modifiant de la sorte leurs appareils, les deux fabricants changent totalement le fondement du balayage de contrôle des passagers.

Ce système repose aujourd’hui sur le fait que l’agent dans la cabine fermée doit être capable de voir et d’analyser de ses propres yeux la forme et les détails d’un objet suspicieux. Cela lui permet de déterminer rapidement si l’artéfact à l’écran constitue ou non un danger pour l’aviation civile. À partir de ces images, il peut donc :

  • soit demander à son collègue près du passager de procéder à une fouille plus précise relativement à la position de l’artéfact,
  • soit autoriser le passager à quitter le point de contrôle.

La modification logicielle proposée va au contraire se cantonner à situer l’emplacement de l’artéfact et ce, sans aucune autre précision.

Conséquence immédiate : chaque fois que ce fameux rectangle rouge va apparaitre à l’écran, le passager sera prié de se soumettre à une fouille plus précise.

Il faut donc remarquer deux choses :

  1. Le temps de contrôle de chaque passager va être considérablement allongé, ce qui ne fera les affaires ni de la TSA, ni des compagnies aériennes, ni des autorités aéroportuaires ni… des passagers eux-mêmes qui devront désormais se présenter à l’aéroport quatre ou cinq heures avant l’embarquement ;
  2. La TSA avait opté pour les appareils des compagnies L3 et OSI Systems en raison de leur spécificité de visualisation des artéfacts. La modification logicielle qu’elles proposent aujourd’hui va totalement niveler cette spécificité et faire tomber les scanneurs corporels dans la même catégorie que les appareils fabriqués par Brijot Imaging Systems et autre Millivision. Si cette modification devait être finalement acceptée par la TSA, cela constituerait une véritable retour en arrière pour l’administration américaine.

Nous n’en sommes certes pas encore là : on ne connaîtra la décision définitive de la TSA que dans plusieurs mois. Mais l’administration américaine semble à priori favorable à cette idée. Ce qui risque de nous valoir en 2011-2012 quelques désagréments opérationnels.

Cet article est publié également sur le blogue @éroNote.