Scanneurs à liquide dans les aéroports européens – Hypocrisie ou cécité ?

Ces dernières semaines, on parle de plus en plus du prochain relâchement de la restriction sur les LAG (liquides, aérosols et gels) au contrôle préembarquement dans les aéroports européens. Le New York Times vient d’ailleurs d’y consacrer un article.

En effet, d’ici deux mois (le 29 avril exactement), les passagers transitant par un aéroport de l’Union européenne seront autorisés à transporter des produits LAG achetés dans une boutique hors-taxes d’aéroport ou à bord d’un avion de ligne ; et ce, sans avoir à les faire scanner au point de fouille.

On se souvient que cette restriction sur les LAG trouve son origine dans un complot fomenté au Royaume-Uni en 2006 par des terroristes islamistes. Il s’agissait pour eux de faire exploser quasi-simultanément en vol au moins sept avions de ligne assurant la liaison entre l’Angleterre et l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) à l’aide d’explosifs liquides.

En réponse à cette menace, l’aviation civile internationale avait élaboré un complexe et couteux programme afin de bannir de la cabine des avions de ligne les LAG de plus de 100 g. Depuis 2006, tous les passagers sont donc invités à déposer leur échantillon de dentifrice et de lotion après-rasage dans ces fameux petits sacs en plastique gracieusement fournis par les autorités.

On ne compte plus aujourd’hui les tonnes de produits que ces mêmes autorités ont ainsi confisquées aux points de contrôle préembarquement, sous prétexte qu’ils auraient pu être des explosifs liquides ou en gel.

Notons que ces mêmes autorités n’ont jamais été capables d’établir un moyen standard de prise en charge de ces explosifs potentiels, une fois confisqués aux passagers. En toute logique, il aurait fallu les confier à des entreprises spécialisées dans le traitement des déchets dangereux. Mais non. Certains aéroports les jettent tout simplement aux ordures. D’autres les envoient au recyclage. D’autres encore les redistribuent à des banques alimentaires ! Illogique. Aberrant. Mais ce n’est pas notre propos ici.

Les technocrates de Bruxelles vont donc alléger prochainement cette restriction (déjà partiellement en vigueur pour les produits en provenance d’aéroports de cinq pays). Mais des groupements d’intérêt représentant des aéroports et des compagnies aériennes s’opposent à cette décision de la Commission européenne. Ils estiment en effet que la technologie actuelle de détection des explosifs liquides n’est pas encore assez fiable pour permettre un tel relâchement.

Sur le Vieux Continent, il y a pour le moins dans ce dossier une monumentale hypocrisie, aussi bien de la part des autorités que du secteur privé de l’aviation civile.

En effet, peu importe que les scanneurs à liquide soient ou non technologiquement au point. Car même s’ils l’étaient, l’aviation civile européenne ne serait pas plus sure pour autant.

En effet, il faut bien comprendre que ces détecteurs d’explosifs liquides sont utilisés sur les LAG que les passagers ont exhibés au point de fouille. Et si ces produits sont placés dans un sac à dos ou une malette d’ordinateur portable, ils seront préalablement repérés par les scanneurs de bagages à main.

Mais que se passe-t-il si un terroriste cache des explosifs liquides sur lui ? Il dispose en effet de nombreuses possibilités pour les dissimuler sous ses vêtements, sans pour autant laisser paraitre des bosses suspectes.

Il lui suffit de passer ainsi le portique de détection. Puisqu’aucune pièce métallique n’est impliquée, il ne déclenchera pas l’alarme ni ne sera palpé par l’agent de sécurité. Il aura ainsi contourné le contrôle préembarquement, tout en évitant complètement les fameux détecteurs d’explosif en bouteille.

Et les nouveaux scanneurs corporels ? me direz-vous. Certes, ces appareils permettraient de lutter contre cette énorme faille du système.

Sauf que ces mêmes autorités européennes qui allègent la restriction sur les LAG n’ont pas encore souhaité imposer l’installation des scanneurs corporels dans les aéroports de l’Union !

Les scanneurs corporels ne sont utilisés que dans une poignée d’aéroports européens, généralement à titre de projets pilotes. Un organe consultatif de l’UE a récemment déclaré qu’il recommandait à la Commission européenne de ne pas imposer les scanneurs corporels dans les aéroports.

Much ado about nothing, donc. À ceci près que ces tergiversations complètement stériles coutent des millions de dollars chaque année aux contribuables et à l’industrie de l’aviation civile. Par ailleurs, elles continuent de perturber les passagers bien intentionnés sans pour autant gêner les éventuels malfaisants.

To ban or not to ban liquids, telle n’est vraiment pas la question en Europe…

Cet article est également publié sur le blogue @éroNote.