Quand les relations publiques gouvernementales révèlent une faille de sureté aérienne…

On apprenait jeudi dernier dans le Times Colonist que le scanneur corporel de l’aéroport de Victoria (Colombie-britannique) n’avait quasiment jamais été utilisé de tout l’été. C’est du moins ce qu’avançait le syndicat de l’Association of Machinists and Aerospace Workers, le syndicat qui représente les personnels de sureté de l’aéroport.

Le Sénateur Colin Kenny, ancien président du comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, s’est aussitôt empressé de jeter de l’huile sur le feu, entonnant l’air connu du politicien outré, arguant qu’il était intolérable qu’une machine de 250.000 $ fût ainsi mise au rebut.

L’Administration canadienne de la sureté du transport aérien (ACSTA), responsable des points de contrôle préembarquement, a fait savoir, par la voix de son porte-parole, Mathieu Larocque, que ces informations étaient fausses. Selon lui, le scanneur a continué de fonctionner tout l’été, mais à un taux d’utilisation moindre. Il l’a expliqué par les compressions de personnels que l’ACSTA a subi récemment. Ce sont en effet 15 % de ses agents aux points de fouille qui ont été remerciés en mai dernier, coupes budgétaires fédérales obligent.

Mais l’important dans cette affaire ne réside pas dans le taux d’utilisation du scanneur corporel. Le vrai problème de cet article, c’est qu’on peut y lire le porte-parole de l’ACSTA révéler – sans même s’en rendre compte – une importante faille de sureté de l’aéroport de Victoria.

En effet, poussé dans les cordes par les déclarations des syndicalistes de l’aéroport de Victoria, M. Larocque ne trouve rien de mieux à faire pour se défendre que de décrire par le menu les mesures alternatives de contrôle secondaire au point de fouille.

Rappelons que le contrôle primaire consiste en l’utilisation d’un système de contrôle appliqué à tous les voyageurs. Il s’agit traditionnellement pour les usagers de passer à travers un portique détecteur de métaux.

Le contrôle secondaire ne s’effectue que si le contrôle primaire signale une anomalie (c’est-à-dire si le portique fait retentir une alarme au passage du voyageur) ou de façon aléatoire.

Ce contrôle secondaire peut être effectué :

  • soit par une palpation,
  • soit par un balayage au bâton Garrett (ce fameux bâton noir aplati que les agents de contrôle passent à la surface du corps des passagers).
  • soit par passage dans un scanneur corporel (si le point de fouille en est doté, ce qui demeure une petite minorité des cas). J’ai déjà expliqué sur ce blogue que l’utilisation de cette technologie au contrôle secondaire et non au primaire est une aberration.

Le problème avec cet article du Times Colonist ? Mathieu Larocque y précise que le choix de la méthode de contrôle secondaire est laissée au choix du passager. La révélation est tout simplement incroyable.

En effet, si je suis un terroriste désireux de faire sauter un avion de ligne au départ du territoire canadien, je sais aujourd’hui comment m’y prendre. Il me suffit de me rendre à l’aéroport de Victoria, de dissimuler sur moi des explosifs plastiques et un détonateur liquide. Puis de passer le portique de détection des métaux.

Je sais d’ores et déjà (Merci, M. Larocque…) que, advenant un contrôle secondaire aléatoire, j’aurais le choix de la méthode. Maintenant, la question à 20.000 $ : laquelle de ces méthodes vais-je choisir :

  • le scanneur corporel, qui révèlera la présence des explosifs ?
  • la palpation, qui révèlera la présence des explosifs ?
  • le bâton Garrett, qui n’est qu’un détecteur de métaux portatif, qui – comme le portique du contrôle primaire – ne révèlera pas la présence des explosifs (plastiques et liquides) ?

Je n’ai même pas besoin de les dissimuler dans mon rectum ou dans une poche spéciale de mon sous-vêtement entre mes testicules et mon périnée. De fait, grâce à cette faille du système de sureté, je serais même capable de monter à bord avec une quantité appréciable d’explosifs.

Alors, bien sûr, on peut toujours imaginer que M. Larocque ne sait pas ce qu’il dit. Ou que les informations qu’il donne sont fausses. Le problème, c’est que sa révélation est facile à vérifier : il me suffit de me présenter à l’aéroport de Victoria (voire à un autre aéroport canadien) et, avant de passer au point de fouille, de laisser mon trousseau de clés dans une poche de pantalon. Lorsque le portique sonnera l’alarme, je pourrai m’assurer que l’agent de l’ACSTA me donne bien le choix de la méthode de contrôle secondaire.

Et le plus beau dans tout ça, c’est que l’incident sera totalement anodin. Personne ne pourra s’imaginer que je viens de répéter mon futur attentat. Il ne me reste plus qu’à revenir à l’aéroport mais, cette fois, avec mon funeste attirail.

La sureté a ses raisons que le porte-parole ignore.

Un commentaire sur “Quand les relations publiques gouvernementales révèlent une faille de sureté aérienne…

  1. Monsieur Larocque aurait peut – être mieux fait de faire lui-même les vérifications sur le terrain , en procédant tout simplement tel que vous l’ avez indiqué : cela , lui aurait évité de se prononcer sur des inexactitudes . Ceci rappelle aussi l’ importance pour la hiérarchie de passer de temps à autre un peu de temps avec les agents de la base.

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