Il faut tuer le cycle du renseignement – 8ème partie

Bricoler le cycle du renseignement

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Au fil des années, nombre d’universitaires et de praticiens ont tenté de corriger les défauts du cycle du renseignement. Du côté des théoriciens, presque toutes les tentatives ont abouti à une compréhension plus nuancée du processus du renseignement ; mais aucune n’est parvenue à s’imposer chez les professionnels du renseignement et à détrôner le cycle en tant que représentation dominante de la façon dont fonctionne le renseignement.

Ces nouvelles écoles de pensée se manifestent selon deux modèles généraux :

  • « bricoler » le cycle du renseignement pour le rapprocher de la réalité,
  • réviser entièrement la représentation du fonctionnement du renseignement (ce dont je parlerai dans le prochain article).

Plusieurs auteurs ont cherché à modifier le cycle afin de créer une représentation plus réaliste de la façon dont fonctionne vraiment le renseignement. Au sein de presque chaque établissement de formation en renseignement, le cycle qui y est enseigné a fait l’objet d’une refonte. Les quatre auteurs les plus souvent cités sont Lisa Krizan, Gregory Treverton, Mark Lowenthal et Rob Johnston. Ces auteurs s’appuient sur le modèle existant et cherchent à le rendre plus réaliste.

Dans sa monographie de 1999 intitulée Intelligence Essentials for Everyone, Lisa Krizan fournit une version révisée du cycle du renseignement et, citant Douglas Dearth, déclare [pp. 7-8] :

Il ne faudrait pas conclure de ces libellés et de cette illustration (…) que le renseignement est un processus unidimensionnel et unidirectionnel. En réalité, [ce processus] s’avère multidimensionnel, multidirectionnel et – surtout – interactif et itératif.

Dans Reshaping National Intelligence In An Age of Information, Gregory Treverton propose une version plus ambitieuse du cycle. Dans cette adaptation, il cherche à inclure davantage le décideur dans le processus.

Dans son classique Intelligence : From Secrets to Policy, Mark Lowenthal reconnait les faiblesses du traditionnel cycle du renseignement qu’il qualifie de « beaucoup trop simple ». Sa version – reproduite ci-dessous – montre que :

À chaque étape du processus, il est possible – et parfois nécessaire – de revenir à une phase antérieure. La collecte initiale peut s’avérer insatisfaisante et conduire le décideur à modifier l’énoncé de ses besoins ; le traitement,  l’exploitation ou encore l’analyse peuvent révéler des lacunes, engendrant ainsi un nouvel énoncé des besoins ; les destinataires peuvent également modifier leurs besoins et demander davantage de renseignement. Et, à l’occasion, les officiers de renseignement peuvent recevoir un retour d’information.

Le modèle révisé de Lowenthal me semble exprimer, mieux que tout autre, le fait que le processus du renseignement est soumis à des contraintes de temps.

Mais la révision la plus radicale du cycle du renseignement provient de l’anthropologue Rob Johnston, dans son livre Analytical Culture In The US Intelligence Community. Johnston a passé un an à étudier la culture de l’analyse à la CIA, dans l’immédiat après-11-Septembre. Son regard singulier a abouti à une interprétation tout aussi singulière du traditionnel cycle du renseignement, mais cette fois dans une perspective systémique. Cette vision complexe distingue :

  • les « stocks » (c’est à dire les accumulations d’informations),
  • les « flux » (correspondant à certains types d’activité),
  • les « convertisseurs » (qui transforment les données entrantes en données sortantes)
  • les « connecteurs » (qui relient les autres parties entre elles).

Selon Johnston :

L’analyse systémique comme moyen de comprendre des phénomènes a pour prémisse que le tout est supérieur à la somme de ses parties.

Toutefois, le modèle qu’il en tire ne cherche pas à remplacer le cycle du renseignement mais seulement à le décrire de façon plus précise.

Les éléments du cycle du renseignement sont identifiés par la nature de leur relation avec les autres éléments, le flux du processus et les phénomènes qui influencent les éléments et le flux.

Chacun de ces modèles identifie et tente de rectifier un ou plusieurs défauts inhérents au traditionnel cycle du renseignement ; et chacune de ces versions modifiées apporte une nette amélioration au cycle original. Mais aucun de ces modèles n’entend rejeter la vision fondamentale du processus de renseignement représentée dans le cycle.

9ème partie – Se démarquer du cycle du renseignement »

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