Vidéo Youtube sur l’inefficacité des scanneurs corporels d’aéroport – La TSA incapable de réagir

Mine de rien, c’est une crise majeure qu’est en train de traverser la Transportation Security Administration (TSA).

Son instigateur : un jeune ingénieur américain, Jonathan Corbett.

Son crime : la semaine dernière, il a publié sur YouTube une vidéo qu’il a tournée lui-même au point de fouille de deux aéroports américains. Il y montrait la facilité déconcertante avec laquelle on peut tromper les scanneurs corporels de la TSA et faire monter dans un avion de ligne des objets ou substances dangereux pour l’aviation civile : il a cousu à la main une poche latérale sur sa chemise et y a glissé une boite métallique ; l’objet n’a pas été détecté par le scanneur corporel de l’aéroport de Fort Lauderdale, ni par celui de Cleveland… En l’espace d’une semaine, cette vidéo a été visionnée 1.750.000 fois !

Mais, aussi virale soit-elle, ce n’est pas tellement la vidéo elle-même qui pose problème. En effet, qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre des types de scanneur corporel utilisés par la TSA, les failles que montre Jonathan Corbett sont connues depuis plusieurs années.

On signalera notamment une vidéo fort instructive tirée d’une émission de la télévision allemande en 2010, où un scientifique autrichien, Werner Gruber, mettait en pièces (au sens figuré) les prétentions sécuritaires du backscatter scan.

On pourra également lire avec profit l’étude scientifique de deux chercheurs de l’University of California, parue la même année – et librement disponible sur le web – expliquant par le menu les vulnérabilités de ce type de scanneur.

La nouvelle vidéo de Jonathan Corbett est donc tout sauf une surprise. Elle a tout de même la vertu de démontrer in situ que ces précédentes allégations n’étaient pas des élucubrations.

En fait, le plus inquiétant dans cette affaire, c’est bien plutôt la façon dont la TSA entend gérer cette crise : par le mépris et le déni systématiques.

Pour ce qui est du mépris, je vous renvoie à l’article de Patricio Robles consacré à cette affaire. Focalisons ici sur le déni.

Là encore, au sud, rien de nouveau. La TSA est coutumière du fait. Elle a élaboré au cours des années une rhétorique monolithique qui consiste à répéter ad nauseam, et quelque soit la situation :

  1. qu’elle dispose du personnel le mieux formé et le plus compétent qui soit,
  2. qu’elle utilise les technologies les plus perfectionnées,
  3. qu’elle a mis en place un système de 20 niveaux de sûreté,
  4. que grâce à elle (la TSA a été créée après le 11-Septembre), le transport aérien n’a jamais été aussi sûr.

On peut ne pas être d’accord avec ces affirmations (bienvenue au club…), mais jusqu’ici, c’était la parole de la TSA contre celle de son détracteur du moment.

Et dans l’affaire Jonathan Corbett, cela n’a pas manqué : la TSA a ressorti son couplet usé jusqu’à la corde. Sauf que, cette fois, la rengaine sonne particulièrement faux. L’article en question du blogue officiel de la TSA est en effet édifiant :

A video is making its way around the interwebs this morning from some guy claiming he figured out a way to beat our body scanners (imaging technology). I watched the video and it is a crude attempt to allegedly show how to circumvent TSA screening procedures. (…) Imaging technology has been extremely effective in the field and has found things artfully concealed on passengers (…) It’s one of the best tools available to detect metallic and non-metallic items (…)

[Body scanner] is one layer of our 20 layers of security (Behavior Detection, Explosives Detection Canines, Federal Air Marshals, etc.) and is not a machine that has all the tools we need in one handy device. We’ve never claimed it’s the end all be all.

« Une vidéo fait son petit bonhomme de chemin sur Internet ce matin ; elle provient d’un type qui prétend avoir trouvé un moyen de triompher de nos scanneurs corporels (technologie par imagerie). J’ai regardé la vidéo, qui s’avère une grossière tentative de montrer comment on peut soi-disant contourner les procédures de contrôle de la TSA. (…) La technologie par imagerie s’est révélée extrêmement efficace sur le terrain et a permis de détecter des objets camouflés sur les passagers. (…) Il s’agit d’un des meilleurs outils disponibles pour détecter les objets métalliques comme non-métalliques. (…)

« [Le scanneur corporel] est l’un des 20 niveaux de sureté (détection comportementale, équipes canines de détection d’explosifs, Federal Air Marshals,…) ; ce n’est pas une machine qui nous donnerait tous les outils nécessaires sous la forme d’un unique appareil. Nous n’avons jamais prétendu que c’était la panacée.

Voilà pour l’heure la seule réponse de la TSA à cette affaire. Mais cette ligne de défense est totalement contradictoire :

  • si la machine est aussi efficace que la TSA le prétend,
  • et si la démonstration de Corbett est aussi grossière que la TSA le prétend,

pourquoi l’administration se retranche-t-elle alors derrière ses 20 niveaux de sureté ?

La vidéo de Jonathan Corbett prouve ce que l’on savait déjà : ces fameux « 20 layers of security » sont un argument marketing. Rien de plus. Qui contourne le scanneur corporel, contourne les 20 couches de sûreté d’un seul coup d’un seul !

Certes, on comprend que la TSA soit tentée de nier en bloc les faits présentés : voici en effet prouvé par a+b que les scanneurs corporels de la TSA ne servent quasiment à rien. Si ce n’est à appauvrir les contribuables américains d’un milliard de dollars. Et ce gaspillage de fonds publics est mis en évidence par une simple carré de tissu cousu à la main sur une chemise… Il y a de quoi être furieux. Mais ce n’est pas en adoptant la politique de l’autruche que la TSA va se sortir de cette ornière. L’administration, via sa porte-parole Sari Koshetz, a même commencé à faire gentiment pression sur des journalistes, leur « déconseillant fortement » de couvrir cette affaire.

Si la TSA continue ainsi à nier l’évidence et à refuser une profonde introspection, elle pourrait essuyer dans les semaines à venir une fronde populaire et politique sans précédent.

Signalons que, de notre côté de la frontière, l’Administration canadienne de la sureté du transport aérien (ACSTA) a implanté une soixantaine de scanneurs corporels dans les aéroports du pays. Mais elle ne recourt à ce matériel qu’au contrôle secondaire ou aléatoire. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le rappeler maintes fois, cette façon de faire rend ipso facto les scanneurs inutiles.

Bref, au Canada, les terroristes n’ont même pas besoin de se mettre à la couture…

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4 commentaires sur “Vidéo Youtube sur l’inefficacité des scanneurs corporels d’aéroport – La TSA incapable de réagir

  1. Pingback: Les scanneurs corporels, totalement inefficaces? | Le blogue Voyage

  2. Les scanneurs inutiles ???
    La lecture de cet article m’ a amené à développer deux attitudes :Un sentiment doute quant à la justification des scanneurs : mais de l’autre côté, mes réflexes sécuritaires ont repris leur place :
    Tout d’abord, je suis d’avis que l’imposition des scanneurs n’est pas une mesure fiable à 100 pour cent. Mais que faire ? Il faut de tout pour faire un monde : Il ya des personnes qui n’acceptent pas la fouille par palpation, et, il me semble que le seul moyen qui reste c’est peut- être le scanneur. Avec tout ce que le monde a vécu en 2001, en plus des tentatives d’attentats qui n’ont pas eu de succès, peut-on se permettre aujourd’hui de faire comme si nous ne courons aucun danger en prenant l’avion ? Pour moi, la liberté individuelle est chère; mais, la sécurité des personnes l’est davantage : Alors, est-ce que l’efficacité du scanneur est un mensonge ? je reste un peu circonspect quand toute cette technologie qui est évolutive passe pour être un ridicule. En effet, si passer les objets sur le corps est aujourd’hui pratiquement impossible, je dirai que en passer dans le corps reste possible, et dans les bagages aussi (On est bien d’accord que là, on peut placer toute sortes d’objets mortels, sans être inquiété) C’est aussi vrai. Mieux encore, le personnel de l’aéroport peut se livrer à toute sorte de trafic de bagage, et de drogue, Là aussi, on le sait. D’ accord !!!! il aurait des zones des où les fouilles réglementaires ne se feraient pas. Et c’est peut-être à ce niveau que plane le danger.
    Mais très franchement, là où il ya un flux important de passagers, je ne vois pas le problème de ces scanneurs, à moins que l’on ait quelque chose à cacher. On ne va pas nier qu’avec les terroristes, on n’est jamais à l’abri. Alors, pourquoi refuser un peu de sécurité, et pourquoi la ridiculiser, puisque cela peut contribuer à sauver les vies ; peut- être qu’un jour on sera bien content d’apprendre qu’une attaque terroriste a été évitée grâce à l’utilisation de ces scanneurs.. je pense qu, il faut parfois arrêter de voir le ridicule là où il n’ yen a pas et faire semblant de ne pas le voir, quand il yen a.. je pense qu’il faut essayer de faire au mieux de ce qu’on peut. Il ya des mesures psychologiques qui ont leur importance, même si cela semble coûter un chère à la collectivité , mais cela vaut-il le prix d’ une vie , j’en doute.. on a beau les décrier, (les scanneurs) , j’ai le sentiment qu’ ils sont là pour durer. Les personnes aux intentions malveillantes, on le réflexe de la cachoterie, alors , lorsqu’ on a quelque chose à cacher, on devra accepter d’ être contrôler , voir scanner , et cela est valable pour n’ importe qui et cela s’appelle tout simplement un acte de sécurité
    .

    • La question « que faire alors ? » se pose légitimement. Mais selon moi, il faut garder à l’esprit que des mesures de sureté telles que les scanneurs corporels sont TRÈS chères. Et leur efficacité est loin, bien loin du 100 %… Des mesures nettement plus efficaces existent, comme le profilage de sureté (qui n’est PAS du profilage racial) que les Israéliens pratiquent avec un succès incontestable depuis plus de 40 ans.
      Contrairement à ce que l’on pourrait croire, un vrai profilage de sureté n’est pas bon marché (formation, mise à jour continuelles, exercices fréquents de red teaming,…). Mais cela sera toujours nettement moins cher que la solution des scanneurs corporels.
      Car le profilage de sureté est une stratégie qui se prête à l’évolution des tactiques terroristes. Ce que les scanneurs corporels ne peuvent pas faire.
      Autrement dit, le profilage est un investissement. Les scanneurs corporels sont rapidement obsolètes et doivent être remplacés encore et toujours par des modèlesplus performants. D’où des pertes financières impressionnantes.
      Souvenons-nous que l’argent que l’on met dans les scanneurs corporels ne va pas ailleurs. Et que le jour où les terroristes attaquerons les métros ou les centres commerciaux, tous ces engins technologiques d’aéroport auront dilapidé de précieuses ressources.
      Verrons-nous un jour les scanneurs arrêter un terroriste en mission ? J’en doute. En revanche, on vient de nous prouver que s’il veut passer un objet prohibé dans un avion, il peut le faire. Mettons-nous toujours à la place de l’adversaire. Et dans cette optique, cette vidéo est inquitante,

  3. J’apporte ici une précision que je n’avais pas mentionnée initialement mais qui s’impose, à la lecture de l’article citant mon texte (http://www2.lactualite.com/blogue-voyage/les-scanneurs-corporels-totalement-inefficaces/8706/ )
    Les scanneurs corporels font apparaître sur l’écran (en noir) les endroits où les rayonnements émis (ou réfléchis par le corps sont arrêtés par un objet.
    Mais si l’objet en question n’est pas tout près du corps, les rayonnements vont passer sur les côtés et le scanneur ne fera pas la différence.
    Or, lorsque vous levez les bras, vous écartez vos vêtements sur les côtés de votre corps. Donc tout objet placé dans une poche latérale va s’éloigner de votre corps et ne bloquera plus les rayonnements qui en proviennent.
    C’est pour cette raison que Jonathan Corbett a été capable de réaliser ce petit exploit à la fois sur les scanneurs qui prennent des vues face-dos et sur ceux qui prennent des vues du corps à 360°.

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