Une tarte aux pêches révélatrice

Par Amotz Brandes

Version originale : Peach Piechameleonassociates.com

Traduit de l’anglais (américain) par AP

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À la soirée barbecue où je me trouve, je remarque que l’homme qui se tient près du buffet des desserts porte un holster sous sa veste. Je m’en aperçois au moment où il se saisit d’une part de tarte aux pêches. Le pistolet est visible (il me semble que c’est un HK). Bref, il y a un homme étrange avec une arme dans la place. La question qui se pose alors est la suivante : devrais-je m’en inquiéter ?

« Hey, Mike. Ce type là-bas, il a un pistolet.

– Oh, tu parles de Joe ? Ouais, il est avec ma sœur, Julie. Il est détective privé. En fait, ils doivent partir tôt parce qu’il travaille ce soir. C’est un type formidable.»

Tout ce que cela m’a pris pour écarter la « menace du pistolet » : un dialogue de deux répliques. J’y ai appris que l’invité au pistolet a une raison légitime de le porter, qu’il est connu et que c’est un type bien.

Mais nous focalisons encore tellement sur la détection des armes. Toutes sortes de technologies sont dédiées à cette tâche. Peut-être est-ce parce qu’il semble plus facile de traiter avec des objets qu’avec des êtres humains. Peut-être est-ce parce que, pour une raison psychologique ou culturelle, il nous parait plus simple de chercher une chose que de tenter de découvrir les pensées d’une personne ou d’expliquer son comportement. Ce n’est pas que la question des armes ne soit pas pertinente. Bien sûr qu’elle l’est. Mais ce n’est là qu’une petite partie de l’équation.

Il y a un pistolet à la soirée barbecue, mais aucune intention maligne. L’intention, voilà la notion-clé. Ce type pourrait tout aussi bien porter une grenade, un sabre ou un lance-roquettes, cela ne ferait aucune différence ; parce qu’il n’est pas un adversaire et qu’il n’a pas de plan d’attaque. La seule chose qu’il semble avoir l’intention d’attaquer, c’est sa part de tarte.

Un système de sureté qui dépasse l’entendement

Par Amotz Brandes

Version originale : It Boogles the Mind  – chameleonassociates.com

Traduit de l’anglais (américain) par AP

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Ces derniers jours, on ne peut être qu’abasourdi par l’actualité de la sureté aérienne.

Des bambins sur les listes d’interdiction de vol

Ce mois-ci, une adorable petite fille de 18 mois a dû sortir d’un avion [peu avant le décollage]. La compagnie aérienne a prétendu que l’enfant figurait sur la liste d’interdiction de vol, à cause d’une erreur informatique. La compagnie a justifié sa décision en indiquant qu’elle a suivi le protocole.

De nouvelles armes terroristes défient nos systèmes de sureté

Les terroristes développent des bombes non métalliques, faites de composants difficiles à détecter et soigneusement dissimulés.

Les voyageurs sont à bout de patience

Aujourd’hui, les passagers sont pour ainsi dire en guerre contre la TSA [Transportation Security Administration – NdT]. Aux désagréments qu’ils subissent dans les longues files d’attente s’ajoutent des doutes récurrents sur l’efficacité de notre système de sureté de l’aviation civile.

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Vidéo Youtube sur l’inefficacité des scanneurs corporels d’aéroport – La TSA incapable de réagir

Mine de rien, c’est une crise majeure qu’est en train de traverser la Transportation Security Administration (TSA).

Son instigateur : un jeune ingénieur américain, Jonathan Corbett.

Son crime : la semaine dernière, il a publié sur YouTube une vidéo qu’il a tournée lui-même au point de fouille de deux aéroports américains. Il y montrait la facilité déconcertante avec laquelle on peut tromper les scanneurs corporels de la TSA et faire monter dans un avion de ligne des objets ou substances dangereux pour l’aviation civile : il a cousu à la main une poche latérale sur sa chemise et y a glissé une boite métallique ; l’objet n’a pas été détecté par le scanneur corporel de l’aéroport de Fort Lauderdale, ni par celui de Cleveland… En l’espace d’une semaine, cette vidéo a été visionnée 1.750.000 fois !

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10 ans après, ma thèse sur la Scientologie est confirmée par la Cour d’appel de Paris

ou

La revanche du paria du renseignement
sur la haute administration française

Jeudi dernier, le 2 février 2012, la Cour d’appel de Paris a confirmé un jugement de première instance et a condamné deux organisations parisiennes de scientologie en tant que personnes morales pour escroquerie aggravée en bande organisée, de par l’utilisation d’un test de personnalité en vue de persuader frauduleusement les victimes d’acheter des produits et services de scientologie. La Cour a prononcé des amendes d’un montant total de 600.000 € – près d’1M$ canadiens. Il s’agit de la sanction la plus sévère jamais prononcée pour escroquerie contre une organisation en France.

Revenons en arrière de très exactement dix ans (et quelques heures). Le 1er février 2002, à l’Université de Cergy-Pontoise, je soutiens ma thèse de doctorat en droit criminel, consacrée à l’Église de scientologie. En recourant uniquement à des sources ouvertes, j’y développe notamment les idées selon lesquelles il convient :

  • de poursuivre les organisations de scientologie de France, notamment sur le fondement de l’escroquerie aggravée en bande organisée
  • et de rechercher systématiquement la responsabilité pénale de la personne morale impliquée

notamment en raison de l’utilisation du test de personnalité aux fins de persuader frauduleusement les victimes d’acheter des produits et services de scientologie.

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« Let’s kill the intelligence cycle » en version française

J’ai récemment découvert un blogue particulièrement intéressant, intitulé Sources and Methods. Il est l’œuvre de Kristan Wheaton, professeur assistant à l’Institute for Intelligence Studies de la MercyHurst University (Pennsylvanie, États-Unis). Cet ancien analyste du renseignement militaire est par ailleurs l’auteur du livre The Warning Solution : Intelligent Analysis in the Age of Information Overload.

Il a commencé il y a quelques mois la publication sur son blogue d’un long article en treize parties intitulé Let’s Kill The Intelligence Cycle (Il faut tuer le cycle du renseignement).

J’ai particulièrement apprécié cette série qui soulève remarquablement une problématique essentielle du monde du renseignement d’aujourd’hui. À sa lecture, j’avais alors envisagé d’écrire un article sur le sujet, en m’inspirant en partie de ceux de Kristan Wheaton. Mais je suis arrivé rapidement à la conclusion qu’il serait plus pertinent de proposer une version française de ce texte essentiel.

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Quand les relations publiques gouvernementales révèlent une faille de sureté aérienne…

On apprenait jeudi dernier dans le Times Colonist que le scanneur corporel de l’aéroport de Victoria (Colombie-britannique) n’avait quasiment jamais été utilisé de tout l’été. C’est du moins ce qu’avançait le syndicat de l’Association of Machinists and Aerospace Workers, le syndicat qui représente les personnels de sureté de l’aéroport.

Le Sénateur Colin Kenny, ancien président du comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, s’est aussitôt empressé de jeter de l’huile sur le feu, entonnant l’air connu du politicien outré, arguant qu’il était intolérable qu’une machine de 250.000 $ fût ainsi mise au rebut.

L’Administration canadienne de la sureté du transport aérien (ACSTA), responsable des points de contrôle préembarquement, a fait savoir, par la voix de son porte-parole, Mathieu Larocque, que ces informations étaient fausses. Selon lui, le scanneur a continué de fonctionner tout l’été, mais à un taux d’utilisation moindre. Il l’a expliqué par les compressions de personnels que l’ACSTA a subi récemment. Ce sont en effet 15 % de ses agents aux points de fouille qui ont été remerciés en mai dernier, coupes budgétaires fédérales obligent.

Mais l’important dans cette affaire ne réside pas dans le taux d’utilisation du scanneur corporel. Le vrai problème de cet article, c’est qu’on peut y lire le porte-parole de l’ACSTA révéler – sans même s’en rendre compte – une importante faille de sureté de l’aéroport de Victoria. Lire la suite

Le Congrès américain fustige encore le profilage de sureté, mais ne le comprend toujours pas

Qu’on l’appelle profilage de sureté, behavior pattern recognition ou évaluation comportementale de la menace, l’empirique et efficace système de sureté qui nous vient d’Israël subit des attaques récurrentes.

Le principal reproche qui est formulé à son encontre est que cette méthode de détection des malfaisants, telle que pratiquée notamment à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv, ne serait en fait ni plus ni moins que du profilage racial.

Cette argumentation est pour le moins absurde, quand on sait que si un aéroport dans le monde ne pratique pas le profilage racial, c’est bien celui de Tel Aviv. En effet, les Israéliens savent pertinemment que le profilage racial ne fonctionne pas. Car c’est dans cet aéroport qu’a eu lieu, en 1972, le pire attentat terroriste jamais commis contre l’aviation civile israélienne : descendant d’un vol Air France en provenance de Rome, trois terroristes avaient récupéré leurs bagages (des étuis à violon…) et en avaient extirpé des mitraillettes et des grenades. En l’espace de quelques secondes, le commando avait fait 26 morts et 79 blessés. Lire la suite

L’aberrante loi française interdisant de dissimuler son visage en public – Le cas « Anonymous »

Lundi dernier entrait en vigueur en France la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Elle punit d’une peine contraventionnelle (amende de 150 €) toute personne présente sur la voie publique avec le visage masqué ou voilé.

Il a été beaucoup écrit sur le sujet et il ne s’agit pas ici d’enfoncer des portes ouvertes, mais d’apporter un éclairage sur des sujets peu ou pas traités dans l’actualité.

Cette loi a été votée dans le but d’interdire le port du niqab (ou voile intégral du visage). Sa récente adoption est interprétée par certains comme une réaction de la majorité présidentielle aux sondages créditant le Front National (extrême droite) de scores impressionnants lors des prochaines élections présidentielles de 2012.

Je peux certes comprendre que l’on interdise le port du voile intégral dans les interactions sociales officielles. Ainsi, on ne saurait évidemment faire témoigner une femme voilée devant un tribunal : comment peut-on s’assurer que la personne à la barre est bien celle qui doit témoigner ? On ne saurait laisser voter un individu qui masque son visage. Comment être sûr que la personne qui glisse son bulletin dans l’urne est bien l’électeur ?

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La stratégie déficiente du nouveau chef de la sureté des transports américains

John Pistole a été nommé à la tête de la Transportation Security Administration (TSA) fin juin 2010,  alors que l’institution voguait sans capitaine depuis un an et demi.

M. Pistole était la semaine dernière de passage à Atlanta, l’aéroport le plus achalandé du monde. Interrogé par un journal local, l’Atlanta Journal – Constitution, il a montré que, derrière son aura d’ancien directeur adjoint du FBI, spécialiste du contre-terrorisme, se cache en fait un haut fonctionnaire déjà engoncé dans les idées reçues.

Si, les premières semaines de son mandat, le style John Pistole a pu faire illusion, il est clair aujourd’hui qu’il a fait long feu… Comme l’attestent les extraits suivants.

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Le ministère israélien des transports prend une décision de sécurité… non sécuritaire

Le Jerusalem Post révélait la semaine dernière que le ministère des transports israélien venait de contraindre la compagnie nationale El Al d’annuler la centaine de vols charter directs entre le Nigéria et Israël prévus pour la période des fêtes de fin d’année. Et aucune autre compagnie israélienne ne sera autorisée à assurer la liaison.

Cette décision, prise au vu des renseignements du service de sécurité du ministère des transports, a pour but d’éviter tout attentat, un an après la tentative du Nigérian Umar Farouk Abdul Muttalab, le 25 décembre dernier, de faire exploser le vol 253 de la NorthWest Airlines entre Amsterdam et Détroit.

Ce sont ainsi 28 000 pèlerins chrétiens du Nigéria qui devront trouver une alternative pour se rendre en Terre Sainte. Outre l’impact économique sur l’industrie du tourisme, cette décision administrative s’avère doublement inquiétante du point de vue de la sureté d’Israël.

Tout d’abord parce que, paradoxalement, cette décision accroit le risque d’attentat (1). Ensuite, parce qu’elle constitue un indice majeur de la dérive bureaucratique de l’État israélien (2).

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Témoins de Jéhovah – Vers une reconnaissance cultuelle générale en France

Le 21 septembre dernier, à Strasbourg, la Cour européenne des droits de l’homme a déclaré recevable une requête introduite par la branche française des Témoins de Jéhovah qui estime être victime de discrimination dans l’Hexagone. L’intérêt de cette requête est en réalité d’ordre fiscal (…)

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Sondage IPSOS sur les sectes : coup de projecteur sur un coup d’épée dans l’eau

Les 24 et 25 septembre dernier, l’institut de sondage français IPSOS a réalisé une enquête auprès d’un échantillon d’un petit millier de Français. Elle consistait en une demi-douzaine de questions relatives aux sectes. Nombre de médias de l’Hexagone ont fait état de ce sondage. Mais en se contentant de paraphraser une dépêche de l’AFP , la presse contribue à diffuser encore davantage une perception largement biaisée du phénomène sectaire en France.

Tout d’abord, l’IPSOS demande aux sondés :

  1. s’ils ont entendu parler de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et
  2. s’ils savent précisément ce dont il s’agit.

L’institut de sondage regroupe sous un même pourcentage ceux qui répondent oui à au moins une question. Ainsi, 26 % disent connaitre la Miviludes, un chiffre que l’on peut qualifier d’acceptable.

Toutefois, ce rapprochement réalisé par l’IPSOS est fallacieux et révèle une faille méthodologique. En effet, il existe une différence colossale entre connaitre un organisme de nom et savoir exactement quelles sont ses attributions. Lire la suite

Une critique du reportage « Scientologie – La vérité sur un mensonge »

Résidant hors de France, je viens seulement de découvrir le reportage de Jean-Charles Deniau et Madeleine Sultan, Scientologie – La vérité sur un mensonge, (France 2, 27 mai 2010) que j’attendais de voir avec impatience.

En effet, il y a de cela plus d’un an, j’avais été en contact suivi avec les deux journalistes pour participer à ce documentaire. M. Deniau et Mme Sultan comptaient en effet beaucoup sur mon expertise professionnelle et universitaire pour renouveler l’approche sur la Scientologie. Très intéressé par la proposition, j’ai finalement dû renoncer à l’aventure.

Nul n’est indispensable et je ne doutais pas que Madeleine Sultan et Jean-Charles Deniau trouveraient d’autres intervenants pour leur faire dépeindre la Scientologie sous un jour, sinon neuf, tout du moins contrastant avec le tout-venant journalistique consacré au sujet. À l’issue des projections de presse, les médias n’avaient d’ailleurs pas tari d’éloges sur le reportage.

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Une motion qui protège l’intimité des terroristes et autres vilains usagers des aéroports

Le 4 juin dernier, chez nos voisins du Sud, la Chambre des Représentants a voté la Transportation Security Administration Authorization Bill. Ce texte, qui doit encore être entériné par le Sénat, vise à encadrer légalement les pratiques et attributions de la TSA. Or, à cette occasion, la chambre basse du parlement américain a voté un amendement des plus regrettables consacré aux nouveaux scanneurs à ondes millimétriques testés par la TSA depuis plusieurs mois dans divers aéroports du pays.

Nous avons rappelé il y a quelques semaines la problématique de ces scanneurs que d’aucuns qualifient d’appareils de « fouille à nu virtuelle ». Et nous avons également souligné les limites des arguments avancés par les partisans de son interdiction dans les aéroports. Car, aussi chers et intrusifs que l’on puisse les considérer, ces scanneurs à ondes millimétriques présentent pour le moins l’intérêt considérable de repérer des objets dangereux que les portiques traditionnels ne détectent pas.

Si l’on n’est guère surpris que les parlementaires américains aient remis le couvert pour combattre les « scanneurs qui déshabillent », on reste en revanche abasourdi par la teneur de cet amendement, adopté à une majorité de près des trois quarts.

En effet, si cette loi devait être entérinée par le Sénat, ces appareils fort décriés ne seraient plus autorisés pour le contrôle pré-embarquement primaire, mais uniquement pour le contrôle secondaire (c’est à dire le contrôle visant à déterminer pour quelle raison la personne a échoué au contrôle primaire).

Cette motion qui se veut respectueuse de vos droits et libertés se révèle doublement – et gravement – illogique.

1 – Tout d’abord, les Représentants en faveur de ce texte vouent aux gémonies ces nouveaux scanneurs en ce qu’ils constituent, selon eux, une violation éhontée de votre intimité en tant que personne humaine. Jusque là, rien de bien sidérant.

Mais si d’aventure vous faites bipper le portique traditionnel du contrôle primaire, soudainement, vous entrez de plain-pied dans la caste des sous-hommes, ceux qui n’ont plus droit à leur intimité. En effet, si vous êtes Monsieur ou Madame Toulemonde et que vous avez oublié d’ôter votre ceinture à boucle métallique avant de passer sous le portique, vous devenez instantanément un paria, dont la « fouille à nu virtuelle » n’offusque plus les Représentants.

2 – Plus ridicule encore : si vous êtes un terroriste, soyez rassuré. Vous pourrez continuer à franchir le contrôle pré-embarquement les poches pleines d’armes à feu en matériau composite ou de couteaux en céramique. En effet, dès lors que vous ne faites pas bipper le portique traditionnel du contrôle primaire, les Représentants américains semblent estimer que vous ne présentez pas le moindre danger pour l’aviation civile…

Il est clair que cette incohérence est la résultante de tractations en coulisses entre Représentants démocrates, républicains progressistes et lobbyistes de l’industrie de la sécurité. Mais à trop vouloir ménager la chèvre et le chou, les résidents de l’aile Sud du Capitole n’ont apparemment pas compris qu’ils renforçaient l’effet pervers des dispositifs de sûreté de l’aviation civile : alourdir toujours davantage le passage à l’aéroport de Mr GoodGuy, sans pour autant entraver celui de Mr BadGuy.

La détection comportementale – Échec allégué ou succès ignoré ?

On peut dire beaucoup de choses sur la soi-disant efficacité des niveaux de sécurité (security layers) implantés par la Transportation Security Administration (TSA) dans les aéroports américains. Mais s’il en est un qui mérite une réflexion approfondie, c’est bien la détection comportementale. 

USA Today vient de publier un article qui, pour qui sait lire entre les lignes, s’avère extrêmement révélateur. Ainsi, le quotidien américain critique en ces termes ce programme de détection mis en place par la TSA :

Fewer than 1% of airline passengers singled out at airports for suspicious behavior are arrested, Transportation Security Administration figures show, raising complaints that too many innocent people are stopped.
A TSA program launched in early 2006 that looks for terrorists using a controversial surveillance method has led to more than 160,000 people in airports receiving scrutiny, such as a pat-down search or a brief interview. That has resulted in 1,266 arrests, often on charges of carrying drugs or fake IDs, the TSA said.
The TSA program trains screeners to become « behavior detection officers » who patrol terminals and checkpoints looking for travelers who act oddly or appear to answer questions suspiciously.
Critics say the number of arrests is small and indicates the program is flawed. (…)

Répartition des personnes soumises à contrôle suite à une détection comportementaleEn fait, l’article dit une chose et son contraire. Certes, depuis 2006, moins de 1 % des personnes « détectées » ont effectivement été arrêtées. Mais est-ce la preuve de l’échec de ce programme de lutte contre le terrorisme aux aéroports américains ? Rien n’est moins sûr. Tout d’abord, depuis le début du programme, aucun acte terroriste n’a été commis en lien direct avec un aéroport américain. Dire que le projet est un échec ne veut donc rigoureusement rien dire. Par ailleurs, ce sont tout de même 1266 personnes qui ont été interpellées dans les aéroports de l’Oncle Sam pour un acte délictuel. Autant d’actes qui n’auraient pas été repérés par d’autres systèmes de sécurité de la TSA. En conséquence, le programme est déjà une réussite en terme de lutte contre la criminalité aux aéroports.

Les chefs d’arrestation méritent également notre attention : il s’agit principalement de possession de drogues et de fausses pièces d’identité. Or, sur ce dernier point, on touche clairement à un secteur d’activité qui intéresse au plus haut point les organisations terroristes. De fait, le programme de détection comportementale pourrait bien être un succès aussi en matière de lutte contre le terrorisme.

Certes, on peut trouver que 160 000 personnes soumises à un examen approfondi, cela fait beaucoup pour arrêter 1266 délinquants. Mais cela veut simplement dire que les Behavior Detection Officers (BDO) de la TSA ont encore à affiner leurs techniques. En outre, il faut considérer le chiffre de 15 000 personnes soumises à un interrogatoire de police, soit près de 10 % des personnes détectées. Contrairement à ce que semble penser le journaliste de USA Today, cela n’est pas anodin. Cela signifie que dans près de 10 % des cas, les personnes détectées ont suscité l’attention approfondie de la police. Et que, sur ces 15 000 personnes interrogées, la police n’a découvert des éléments probants justifiant une arrestation sur-le-champ que dans 1266 cas. Il faut en effet se souvenir que, avant son attentat de décembre 2001, Richard Reid, le fameux shoe bomber, avait été repéré à deux reprises au départ d’Amsterdam, par la détection comportementale des employés d’El Al. Interrogé par la police, il avait été relâché, faute de preuves. El Al Le laissa embarquer la seconde fois, non sans placer à coté de lui un agent de sécurité de la compagnie qui l’observa durant tout le vol. Comprenant qu’il lui serait impossible de faire exploser un avion d’El Al, Richard Reid s’est alors tourné vers American Airlines

Je trouve pour ma part les chiffres avancés par USA Today particulièrement éloquents. Ils disent en fait tout l’intérêt qu’il faut porter au programme de détection comportementale dans les aéroports. L’article susmentionné prend pour postulat que la détection comportementale menée par la TSA se limite à une observation de mouvements parasites qui trahiraient la volonté criminelle chez une personne malintentionnée. Pour avoir personnellement suivi un séminaire de détection comportementale auprès de la société qui a formé les agents de la TSA, je me contenterai de dire que cette opinion largement répandue est fausse.

La détection comportementale, qui nous vient des services de sécurité israéliens, s’avère au contraire bien plus efficace et moins intrusive que n’importe quel autre security layer mis en place aux aéroports par le Department of Homeland Security (DHS). Et contrairement à ce qu’avancent certains défenseurs des droits civiques américains, la détection comportementale est tout le contraire d’un profilage racial.