Il faut tuer le cycle du renseignement – 7ème partie

Les critiques (III) – Des cycles, des cycles, toujours plus de ces maudits cycles

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Les professionnels du renseignement présentent leur fameux cycle comme quelque chose d’unique. Pour leur part, les décideurs expérimentés, que ce soit dans le domaine des affaires, de l’application de la loi ou de la sécurité nationale, ne voient dans le cycle du renseignement qu’un autre de ces processus décisionnels linéaires dont ils sont familiers.

Et cette connaissance a engendré [chez ces décideurs] un certain mépris, tandis que, dans leurs secteurs d’activité, ils se débattent pour réviser leurs propres processus, à la lumière de la technologie et des systèmes du XXIème siècle. Pour faire court, disons que le cycle du renseignement ne parvient déjà pas à expliquer le processus du renseignement ; mais qu’en plus, il ressemble à un baratin commercial éculé aux yeux du décideur typique, rompu aux modèles de processus linéaire – et à leurs défauts.

Lire la suite

Il faut tuer le cycle du renseignement – 6ème partie

Les critiques (II) – Le cycle du renseignement confronté à la réalité

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Si le manque de précision était le seul reproche que l’on pouvait faire au cycle du renseignement, encore pourrait-il s’en remettre. Comme on l’a remarqué précédemment, des thèmes généraux pertinents émergent bel et bien de l’étude du cycle. Et sa perpétuation suggère que ses incohérences sont, dans une certaine mesure, contrebalancées par sa simplicité.

Malheureusement, le second type de critiques généralement faites au cycle est autrement plus redoutable. En fait, il lui porte un coup fatal. Pour faire simple, disons qu’il n’existe pour ainsi dire aucun praticien ou théoricien expert pour déclarer que le cycle reflète la façon dont on produit le renseignement dans la pratique (que ce soit en général ou dans une branche spécifique de la profession).

Lire la suite

Il faut tuer le cycle du renseignement – 5ème partie

Les critiques (I) – Le cycle du renseignement ? Lequel ?

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Malgré sa popularité, le cycle du renseignement est largement critiqué par les membres de la profession. Ses détracteurs se répartissent généralement en trois groupes.

D’abord, certains estiment que, sous ses airs de monolithe théorique, le cycle du renseignement est en fait sujet à une vaste gamme d’interprétations, en fonction du point de vue considéré. En effet, il n’existe pas un cycle mais une série de cycles du renseignement, se distinguant les uns des autres de façon substantielle.

Lire la suite

Il faut tuer le cycle du renseignement – 4ème partie

Le « traditionnel » cycle du renseignement et son histoire

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Trouver des représentations du cycle du renseignement n’est pas difficile. Pour ainsi dire toutes les organisations, entreprises et agences d’application de la loi disposent de capacités (même modestes) de renseignement et d’une représentation en image similaire à celle figurant ci-contre.

[Adaptation francophone oblige, cette image diffère de celle figurant dans l’article original. Il s’agit ici de la version française du cycle du renseignement selon le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS). – NdT]

Lire la suite

Il faut tuer le cycle du renseignement – 3ème partie

La rupture entre la théorie et la pratique

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Le renseignement ne se génère pas de lui-même. C’est quelque chose que l’on fait, c’est un processus. Et l’idée selon laquelle le renseignement est un processus figure parmi les moins contestées dans les rangs des professionnels du renseignement.

Cependant, la représentation générale du processus de renseignement – c’est-à-dire la meilleure façon de caractériser et de catégoriser les éléments constitutifs du renseignement, quelque soit son secteur d’activité – est un champ théorique encore très ouvert.

Lire la suite

Il faut tuer le cycle du renseignement – 2ème partie

« Nous allons marquer une pause. Notre programme reprend dans une minute…»

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Mon intention aujourd’hui était de me plonger directement dans ma série d’articles consacrés au cycle du renseignement et au pourquoi nous devrions nous en débarrasser (enfoncez-lui un pieu dans le cœur étaient les termes exacts que je pense avoir employés…).

Toutefois, durant la fin de semaine [qui a suivi la publication originale de cet article – NdT], j’ai reçu un torrent de courriels et l’article a généré un certain nombre de commentaires. De sorte que, avant d’entrer dans le vif du sujet, il m’a semblé utile de réaliser une petite analyse scientifique de l’opinion en la matière.

Lire la suite

Pratiquer la scientologie en dehors de l’Église : une idée qui prête à discussion

La semaine dernière, à Paris, s’achevait le procès en appel de deux organisations de scientologie, condamnées en première instance pour escroquerie en bande organisée et exercice illégal de la pharmacie. La décision est attendue pour février 2012. L’affaire a connu son lot de déboires. On a beaucoup parlé des diverses exceptions d’inconstitutionnalité soulevées en vain par les avocats de l’Église de scientologie parisienne. On a en revanche un peu moins évoqué les successifs désistements des victimes qui s’étaient constituées partie civile. C’est regrettable, car l’influence de la scientologie sur les anciens adeptes constitue une question essentielle.

Lire la suite

Il faut tuer le cycle du renseignement – 1ère partie

par Kristan Wheaton

Version originale : Sources & Methods

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Il faut tuer le cycle du renseignement.

Je le pense vraiment.

Le « cycle du renseignement » – une représentation du fonctionnement du processus de renseignement – est un résidu de la Seconde Guerre mondiale qui a largement dépassé sa date limite de consommation. Il est devenu toxique. Aujourd’hui, il infecte plus qu’il n’informe. C’est moins un cycle qu’un cyclope : vieux, laid et destructeur.

Je veux le voir mort et enterré, anéanti, éradiqué.

Et franchement, peu m’importe ce qu’il nous faudra faire pour y parvenir. Retirons-le de tous les manuels de formation, supprimons-le de toutes les diapositives PowerPoint, effaçons-le de tous les sites web.

Tirons-lui une balle en argent, enfonçons-lui un pieu en bois dans le cœur, brûlons ses restes sans cérémonie et dispersons ses cendres.

Mon dieu, Kris, si vous nous disiez plutôt ce que vous ressentez vraiment…

Lire la suite

« Let’s kill the intelligence cycle » en version française

J’ai récemment découvert un blogue particulièrement intéressant, intitulé Sources and Methods. Il est l’œuvre de Kristan Wheaton, professeur assistant à l’Institute for Intelligence Studies de la MercyHurst University (Pennsylvanie, États-Unis). Cet ancien analyste du renseignement militaire est par ailleurs l’auteur du livre The Warning Solution : Intelligent Analysis in the Age of Information Overload.

Il a commencé il y a quelques mois la publication sur son blogue d’un long article en treize parties intitulé Let’s Kill The Intelligence Cycle (Il faut tuer le cycle du renseignement).

J’ai particulièrement apprécié cette série qui soulève remarquablement une problématique essentielle du monde du renseignement d’aujourd’hui. À sa lecture, j’avais alors envisagé d’écrire un article sur le sujet, en m’inspirant en partie de ceux de Kristan Wheaton. Mais je suis arrivé rapidement à la conclusion qu’il serait plus pertinent de proposer une version française de ce texte essentiel.

Lire la suite

Délit d’abus de faiblesse : la Mission antisectes française part à la dérive

Ce n’est pas de l’acharnement mais bien plutôt l’actualité qui m’amène à consacrer un second article critique à l’encontre de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), quelques jours à peine après celui-ci.

En septembre dernier, le Ministère de la Justice français, assisté de la Miviludes, a publié une nouvelle circulaire sur les sectes (une de plus !) à destination des magistrats. Ce n’est pas un hasard du calendrier : nous entrons présentement dans le procès en appel de deux organisations de scientologie condamnées en première instance à Paris, en 2009.

Ce procès est exemplaire : il a abouti au prononcé d’amendes pénales très élevées mais surtout à des condamnations d’entités de la Scientologie en tant que de personnes morales pour escroquerie aggravée en bande organisée. Une première.

Croyiez-vous que la Miviludes allait capitaliser sur ce succès en passe d’être confirmé en appel ? Pensiez-vous que la Chancellerie allait œuvrer pour rappeler aux magistrats tout l’intérêt de recourir, en matière sectaire, à des incriminations claires, bien établies en jurisprudence, telles que l’escroquerie ?

Que nenni. Les deux institutions ont préféré mettre en avant, pour la énième fois, l’abus de faiblesse de l’article 223-15-2 du Code pénal. Il s’agit pourtant d’un chef d’accusation qui n’a jamais rien donné devant les tribunaux en termes de lutte contre les sectes. Lire la suite

Immunité légale de la Mission antisectes française : un passeport pour l’immobilisme

Le 17 octobre dernier, l’Assemblée nationale adoptait la proposition de loi relative à la simplification du droit et à l’allègement des démarches administratives. Bénéficiant d’une procédure accélérée, la proposition de loi est aujourd’hui devant le Sénat, où elle attend d’être adoptée définitivement après une seule lecture par chacune des deux chambres du Parlement.

Perdu après 115 autres articles sans aucun rapport, l’article 94 A dispose :

Les membres de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ne peuvent être recherchés, poursuivis, arrêtés, détenus ou jugés en raison des opinions qu’ils émettent dans le rapport annuel remis au Premier ministre dans l’exercice de leurs fonctions.

Autrement dit, voici les membres de la Mission antisectes française, la Miviludes, protégés par une immunité légale pour leurs opinions émises dans le cadre des rapports annuels de la Mission.

Lire la suite

Quand les relations publiques gouvernementales révèlent une faille de sureté aérienne…

On apprenait jeudi dernier dans le Times Colonist que le scanneur corporel de l’aéroport de Victoria (Colombie-britannique) n’avait quasiment jamais été utilisé de tout l’été. C’est du moins ce qu’avançait le syndicat de l’Association of Machinists and Aerospace Workers, le syndicat qui représente les personnels de sureté de l’aéroport.

Le Sénateur Colin Kenny, ancien président du comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, s’est aussitôt empressé de jeter de l’huile sur le feu, entonnant l’air connu du politicien outré, arguant qu’il était intolérable qu’une machine de 250.000 $ fût ainsi mise au rebut.

L’Administration canadienne de la sureté du transport aérien (ACSTA), responsable des points de contrôle préembarquement, a fait savoir, par la voix de son porte-parole, Mathieu Larocque, que ces informations étaient fausses. Selon lui, le scanneur a continué de fonctionner tout l’été, mais à un taux d’utilisation moindre. Il l’a expliqué par les compressions de personnels que l’ACSTA a subi récemment. Ce sont en effet 15 % de ses agents aux points de fouille qui ont été remerciés en mai dernier, coupes budgétaires fédérales obligent.

Mais l’important dans cette affaire ne réside pas dans le taux d’utilisation du scanneur corporel. Le vrai problème de cet article, c’est qu’on peut y lire le porte-parole de l’ACSTA révéler – sans même s’en rendre compte – une importante faille de sureté de l’aéroport de Victoria. Lire la suite

Avec le Chef de la TSA, plus ça change, plus c’est pareil

Le mois dernier, le Chef de la Transportation Security Administration (TSA), M. John Pistole, a accordé une longue entrevue en public au Newseum de Washington (voir le vidéo ici), dans le cadre de la commémoration du 10ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001.

À cette occasion, il a évoqué les changements en cours et futurs au sein de son administration. Mais comme à son habitude, il a énoncé quelques contrevérités.

Ainsi, il évoquait tout d’abord le Checkpoint of the Future, développé par l’International Air Transport Association (IATA). Le projet vise à de reconstruire le point de fouille aéroportuaire en une série de trois couloirs parallèles, chacun correspondant à un niveau de risque spécifique et proposant des système de contrôle adaptés. M. Pistole concluait [à 19’00″] :

Pistole That’s a great concept, but it is not there from a technology perspective.

Certes, la technologie n’est pas encore au point. Mais quand bien même le serait-elle, le Checkpoint of the Future ne serait pas pour autant la panacée. John Pistole reprend ici à son compte la dialectique de sa ministre de tutelle, Janet Napolitano. Pour le Department of Homeland Security (DHS), en effet, la technologie est la solution ultime aux problème de sureté aérienne. Une position officielle que nous avons critiqué il y a peu sur ce blogue. Lire la suite

Le massacre norvégien, un nouveau mode opératoire

Un article signé Vigie Lance

Les attentats d’Oslo et la fusillade de l’ile d’Utoeya, ont révélé un tout nouveau mode opératoire qui est en fait un amalgame de tactiques utilisées par le terrorisme islamiste, le terrorisme domestique et les tireurs dits de masse :

  • attentats commis en deux endroits distincts, à intervalles rapprochés (technique propre à la mouvance Al Qaïda),
  • fusillade surprise (attentat de Mumbai),
  • voiture piégée bourrée de nitrate d’ammonium devant un édifice du gouvernement (attentat d’Oklahoma City),
  • fusillade de victimes piégées (tireurs de masse).

Anders Behring Breivik, un Norvégien dans la trentaine, extrémiste de droite, a reconnu être l’auteur de ce carnage qui a fait 68 morts et une centaine de blessés. Il faut rappeler que cette tragédie n’est pas le fait d’un commando armé, mais bien celui d’un seul homme. Breivik est ce qu’on appelle un « lonewolf ». Peut-être a-t-il été « conditionné » par d’autres personnes, c’est ce que pourrait révéler l’enquête plus tard. Il a semé la mort avec une précision quasi-chirurgicale. Cette minutie est généralement le propre des terroristes. Quoi qu’il en soit, Breivik a préparé minutieusement son plan durant plusieurs mois, exactement comme les terroristes islamistes et Timothy McVeigh, un ancien militaire inspiré lui aussi par la mouvance d’extrême droite.

Lire la suite