Que nous apprend l’attentat de Bourgas ?

Le 18 juillet dernier, à l’aéroport de Bourgas (Bulgarie), un attentat à la bombe a causé la mort de six personnes et fait 30 blessés. L’explosion s’est produite dans le stationnement qui fait face à l’aérogare et visait un autocar affrété pour conduire à leur hôtel des touristes israéliens qui venaient de débarquer de l’avion – cinq d’entre eux en sont décédés.

Le porteur de la bombe était un homme d’une trentaine d’années, déguisé comme un touriste, qui aurait ainsi pu monter à bord de l’autocar visé sans éveiller les soupçons. On pense aujourd’hui qu’il aurait agi comme « mule », pour le compte d’un autre terroriste, situé à proximité, qui aurait déclenché l’explosion au moment opportun. Lire la suite

Un nouveau contributeur, spécialiste international en sureté aérienne

J’ai le plaisir de vous annoncer que Rapports minoritaires compte un nouveau contributeur, en la personne d’Amotz Brandes. M. Brandes est un spécialiste mondialement reconnu de la sureté aéroportuaire. Ancien du renseignement dans l’Armée israélienne, il fut durant plus de quatre ans profileur de sureté pour la compagnie aérienne El Al.

Il est aujourd’hui directeur associé au sein de Chameleon Associates une compagnie de formation-conseil en sureté et en renseignement privé, présente à l’international. J’ai assisté à plusieurs  séminaires de formation animés par Amotz. J’ai ainsi pu apprécié l’étendue de ses compétences en matière de profilage et d’entretien de sureté.

Amotz a très volontiers accepté que je traduise et publie ici des articles écrits à l’origine (en anglais) sur le site web de sa compagnie. Aussi, c’est avec une grande joie que je l’accueille sur ce blogue.

Avec le Chef de la TSA, plus ça change, plus c’est pareil

Le mois dernier, le Chef de la Transportation Security Administration (TSA), M. John Pistole, a accordé une longue entrevue en public au Newseum de Washington (voir le vidéo ici), dans le cadre de la commémoration du 10ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001.

À cette occasion, il a évoqué les changements en cours et futurs au sein de son administration. Mais comme à son habitude, il a énoncé quelques contrevérités.

Ainsi, il évoquait tout d’abord le Checkpoint of the Future, développé par l’International Air Transport Association (IATA). Le projet vise à de reconstruire le point de fouille aéroportuaire en une série de trois couloirs parallèles, chacun correspondant à un niveau de risque spécifique et proposant des système de contrôle adaptés. M. Pistole concluait [à 19’00″] :

Pistole That’s a great concept, but it is not there from a technology perspective.

Certes, la technologie n’est pas encore au point. Mais quand bien même le serait-elle, le Checkpoint of the Future ne serait pas pour autant la panacée. John Pistole reprend ici à son compte la dialectique de sa ministre de tutelle, Janet Napolitano. Pour le Department of Homeland Security (DHS), en effet, la technologie est la solution ultime aux problème de sureté aérienne. Une position officielle que nous avons critiqué il y a peu sur ce blogue. Lire la suite

L’obsession technologique des autorités américaines – Le syndrome de la chaussure piégée

Jeudi dernier, une dépêche de l’AFP faisant état du discours prononcé le jour même, à Las Vegas, par Mme Janet Napolitano, Secrétaire à la sécurité intérieure des États-Unis, devant un parterre de gestionnaires de l’industrie du transport et du tourisme.

Elle y a déclaré que les bombes dissimulées dans les chaussures constituent encore et toujours une menace pour l’aviation civile. Elle a ajouté que son ministère cherche  activement une solution technologique à ce problème. Mais qu’en attendant, les voyageurs devront continuer à ôter leurs chaussures pour les faire scanner au point de contrôle préembarquement des aéroports.

Et d’asséner péremptoirement :

It’s a technological problem.

Cette petite phrase, totalement erronée, est lourde de sens. Elle révèle que, pour les autorités américaines, la sureté de l’aviation civile est avant tout, encore et toujours, une question de technologie : Lire la suite

Le Congrès américain fustige encore le profilage de sureté, mais ne le comprend toujours pas

Qu’on l’appelle profilage de sureté, behavior pattern recognition ou évaluation comportementale de la menace, l’empirique et efficace système de sureté qui nous vient d’Israël subit des attaques récurrentes.

Le principal reproche qui est formulé à son encontre est que cette méthode de détection des malfaisants, telle que pratiquée notamment à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv, ne serait en fait ni plus ni moins que du profilage racial.

Cette argumentation est pour le moins absurde, quand on sait que si un aéroport dans le monde ne pratique pas le profilage racial, c’est bien celui de Tel Aviv. En effet, les Israéliens savent pertinemment que le profilage racial ne fonctionne pas. Car c’est dans cet aéroport qu’a eu lieu, en 1972, le pire attentat terroriste jamais commis contre l’aviation civile israélienne : descendant d’un vol Air France en provenance de Rome, trois terroristes avaient récupéré leurs bagages (des étuis à violon…) et en avaient extirpé des mitraillettes et des grenades. En l’espace de quelques secondes, le commando avait fait 26 morts et 79 blessés. Lire la suite

Aéroport de Francfort : un attentat terroriste inquiétant, pourtant bien vite oublié

Le 2 mars dernier, sur la rampe des arrivées de l’aéroport international de Francfort (Allemagne), un homme est monté à bord d’un autocar qui s’apprêtait à convoyer une vingtaine de soldats américains. Il a sorti un pistolet et fait feu à plusieurs reprises, tuant ainsi deux militaires et en blessant deux autres.

La finalité terroriste de l’agresseur est aujourd’hui clairement établie : Arid Uka, 21 ans, musulman d’origine kosovare résidant en Allemagne, a agi de la sorte pour condamner à sa manière la présence de l’armée américaine en Afghanistan. Les soldats ciblés arrivaient en effet du Royaume-Uni et s’apprêtaient à rallier par la route la base américaine de Rammstein d’où ils s’envoleraient pour l’Afghanistan.

Ce qui frappe le plus dans cette attaque jihadiste, c’est la faiblesse de la couverture médiatique qui lui a été accordée. Une semaine après les faits, les médias internationaux n’évoquaient déjà plus l’événement ; et ce, avant même que ne surviennent le tsunami japonais et la crise libyenne

Pourtant, malgré les apparences, l’attentat de Francfort mérite une attention particulière. Il cumule en effet quatre éléments préoccupants ayant trait à la menace terroriste globale (1) comme spécifique aux aéroports occidentaux (2).

Lire la suite

L’illusion technologique en sureté aéroportuaire – Le cas des détecteurs d’intention néfaste

ou
Comment perdre son esprit scientifique et gagner des budgets publics

En ce début d’année 2011, les autorités israéliennes ont annoncé la mise en place, à l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv, d’un nouveau système automatisé de contrôle pré-embarquement des passagers. Malgré sa technologie avancée, le système UniPass – actuellement en phase de test – vient renforcer un processus de contrôle centré sur des intervenants humains.

Tel n’est clairement pas le paradigme en Occident, où l’on cherche à tout prix à développer la panacée sécuritaire : la machine qui détecte les terroristes en lisant dans leurs funestes pensées.

L’affaire est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Souvenons-nous que, dans les années 70, les services de renseignement américains étaient persuadés que les médiums et autres « psychics » pouvaient les aider à gagner la Guerre froide. Aussi avaient-ils financé des programmes d’espionnage via pouvoirs paranormaux !

Lire la suite

Le ministère israélien des transports prend une décision de sécurité… non sécuritaire

Le Jerusalem Post révélait la semaine dernière que le ministère des transports israélien venait de contraindre la compagnie nationale El Al d’annuler la centaine de vols charter directs entre le Nigéria et Israël prévus pour la période des fêtes de fin d’année. Et aucune autre compagnie israélienne ne sera autorisée à assurer la liaison.

Cette décision, prise au vu des renseignements du service de sécurité du ministère des transports, a pour but d’éviter tout attentat, un an après la tentative du Nigérian Umar Farouk Abdul Muttalab, le 25 décembre dernier, de faire exploser le vol 253 de la NorthWest Airlines entre Amsterdam et Détroit.

Ce sont ainsi 28 000 pèlerins chrétiens du Nigéria qui devront trouver une alternative pour se rendre en Terre Sainte. Outre l’impact économique sur l’industrie du tourisme, cette décision administrative s’avère doublement inquiétante du point de vue de la sureté d’Israël.

Tout d’abord parce que, paradoxalement, cette décision accroit le risque d’attentat (1). Ensuite, parce qu’elle constitue un indice majeur de la dérive bureaucratique de l’État israélien (2).

Lire la suite

La détection comportementale – Échec allégué ou succès ignoré ?

On peut dire beaucoup de choses sur la soi-disant efficacité des niveaux de sécurité (security layers) implantés par la Transportation Security Administration (TSA) dans les aéroports américains. Mais s’il en est un qui mérite une réflexion approfondie, c’est bien la détection comportementale. 

USA Today vient de publier un article qui, pour qui sait lire entre les lignes, s’avère extrêmement révélateur. Ainsi, le quotidien américain critique en ces termes ce programme de détection mis en place par la TSA :

Fewer than 1% of airline passengers singled out at airports for suspicious behavior are arrested, Transportation Security Administration figures show, raising complaints that too many innocent people are stopped.
A TSA program launched in early 2006 that looks for terrorists using a controversial surveillance method has led to more than 160,000 people in airports receiving scrutiny, such as a pat-down search or a brief interview. That has resulted in 1,266 arrests, often on charges of carrying drugs or fake IDs, the TSA said.
The TSA program trains screeners to become « behavior detection officers » who patrol terminals and checkpoints looking for travelers who act oddly or appear to answer questions suspiciously.
Critics say the number of arrests is small and indicates the program is flawed. (…)

Répartition des personnes soumises à contrôle suite à une détection comportementaleEn fait, l’article dit une chose et son contraire. Certes, depuis 2006, moins de 1 % des personnes « détectées » ont effectivement été arrêtées. Mais est-ce la preuve de l’échec de ce programme de lutte contre le terrorisme aux aéroports américains ? Rien n’est moins sûr. Tout d’abord, depuis le début du programme, aucun acte terroriste n’a été commis en lien direct avec un aéroport américain. Dire que le projet est un échec ne veut donc rigoureusement rien dire. Par ailleurs, ce sont tout de même 1266 personnes qui ont été interpellées dans les aéroports de l’Oncle Sam pour un acte délictuel. Autant d’actes qui n’auraient pas été repérés par d’autres systèmes de sécurité de la TSA. En conséquence, le programme est déjà une réussite en terme de lutte contre la criminalité aux aéroports.

Les chefs d’arrestation méritent également notre attention : il s’agit principalement de possession de drogues et de fausses pièces d’identité. Or, sur ce dernier point, on touche clairement à un secteur d’activité qui intéresse au plus haut point les organisations terroristes. De fait, le programme de détection comportementale pourrait bien être un succès aussi en matière de lutte contre le terrorisme.

Certes, on peut trouver que 160 000 personnes soumises à un examen approfondi, cela fait beaucoup pour arrêter 1266 délinquants. Mais cela veut simplement dire que les Behavior Detection Officers (BDO) de la TSA ont encore à affiner leurs techniques. En outre, il faut considérer le chiffre de 15 000 personnes soumises à un interrogatoire de police, soit près de 10 % des personnes détectées. Contrairement à ce que semble penser le journaliste de USA Today, cela n’est pas anodin. Cela signifie que dans près de 10 % des cas, les personnes détectées ont suscité l’attention approfondie de la police. Et que, sur ces 15 000 personnes interrogées, la police n’a découvert des éléments probants justifiant une arrestation sur-le-champ que dans 1266 cas. Il faut en effet se souvenir que, avant son attentat de décembre 2001, Richard Reid, le fameux shoe bomber, avait été repéré à deux reprises au départ d’Amsterdam, par la détection comportementale des employés d’El Al. Interrogé par la police, il avait été relâché, faute de preuves. El Al Le laissa embarquer la seconde fois, non sans placer à coté de lui un agent de sécurité de la compagnie qui l’observa durant tout le vol. Comprenant qu’il lui serait impossible de faire exploser un avion d’El Al, Richard Reid s’est alors tourné vers American Airlines

Je trouve pour ma part les chiffres avancés par USA Today particulièrement éloquents. Ils disent en fait tout l’intérêt qu’il faut porter au programme de détection comportementale dans les aéroports. L’article susmentionné prend pour postulat que la détection comportementale menée par la TSA se limite à une observation de mouvements parasites qui trahiraient la volonté criminelle chez une personne malintentionnée. Pour avoir personnellement suivi un séminaire de détection comportementale auprès de la société qui a formé les agents de la TSA, je me contenterai de dire que cette opinion largement répandue est fausse.

La détection comportementale, qui nous vient des services de sécurité israéliens, s’avère au contraire bien plus efficace et moins intrusive que n’importe quel autre security layer mis en place aux aéroports par le Department of Homeland Security (DHS). Et contrairement à ce qu’avancent certains défenseurs des droits civiques américains, la détection comportementale est tout le contraire d’un profilage racial.