Que nous apprend l’attentat de Bourgas ?

Le 18 juillet dernier, à l’aéroport de Bourgas (Bulgarie), un attentat à la bombe a causé la mort de six personnes et fait 30 blessés. L’explosion s’est produite dans le stationnement qui fait face à l’aérogare et visait un autocar affrété pour conduire à leur hôtel des touristes israéliens qui venaient de débarquer de l’avion – cinq d’entre eux en sont décédés.

Le porteur de la bombe était un homme d’une trentaine d’années, déguisé comme un touriste, qui aurait ainsi pu monter à bord de l’autocar visé sans éveiller les soupçons. On pense aujourd’hui qu’il aurait agi comme « mule », pour le compte d’un autre terroriste, situé à proximité, qui aurait déclenché l’explosion au moment opportun. Lire la suite

Un système de sureté qui dépasse l’entendement

Par Amotz Brandes

Version originale : It Boogles the Mind  – chameleonassociates.com

Traduit de l’anglais (américain) par AP

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Ces derniers jours, on ne peut être qu’abasourdi par l’actualité de la sureté aérienne.

Des bambins sur les listes d’interdiction de vol

Ce mois-ci, une adorable petite fille de 18 mois a dû sortir d’un avion [peu avant le décollage]. La compagnie aérienne a prétendu que l’enfant figurait sur la liste d’interdiction de vol, à cause d’une erreur informatique. La compagnie a justifié sa décision en indiquant qu’elle a suivi le protocole.

De nouvelles armes terroristes défient nos systèmes de sureté

Les terroristes développent des bombes non métalliques, faites de composants difficiles à détecter et soigneusement dissimulés.

Les voyageurs sont à bout de patience

Aujourd’hui, les passagers sont pour ainsi dire en guerre contre la TSA [Transportation Security Administration – NdT]. Aux désagréments qu’ils subissent dans les longues files d’attente s’ajoutent des doutes récurrents sur l’efficacité de notre système de sureté de l’aviation civile.

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Une sureté efficace sans renseignement ?

Par Amotz Brandes

Version originale : Good Security without Intel?

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Une organisation de sureté peut-elle travailler efficacement sans recourir à du renseignement fourni par des organismes à l’externe ? La réponse est un oui retentissant. Souvent, les organismes de sureté dépendent des agences gouvernementales pour la fourniture d’informations [sensibles]. Par exemple, la Transportation Security Administration (TSA) se fie au Terrorist Screening Center du FBI pour produire la liste d’interdiction de vol [No-Fly List] et la liste de sélection de contrôle secondaire. Le renseignement fourni par une institution gouvernementale peut évoquer la possibilité d’un attentat, identifier une personne digne d’intérêt ou révéler un mode opératoire terroriste. La diffusion de ce renseignement peut être aussi bien générale que spécifique. Mais, qu’il concerne l’identité d’un ennemi potentiel, des indicateurs de suspicion ou un mode opératoire, ce renseignement, certes bienvenu, s’avère limité par nature.

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Le Congrès américain fustige encore le profilage de sureté, mais ne le comprend toujours pas

Qu’on l’appelle profilage de sureté, behavior pattern recognition ou évaluation comportementale de la menace, l’empirique et efficace système de sureté qui nous vient d’Israël subit des attaques récurrentes.

Le principal reproche qui est formulé à son encontre est que cette méthode de détection des malfaisants, telle que pratiquée notamment à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv, ne serait en fait ni plus ni moins que du profilage racial.

Cette argumentation est pour le moins absurde, quand on sait que si un aéroport dans le monde ne pratique pas le profilage racial, c’est bien celui de Tel Aviv. En effet, les Israéliens savent pertinemment que le profilage racial ne fonctionne pas. Car c’est dans cet aéroport qu’a eu lieu, en 1972, le pire attentat terroriste jamais commis contre l’aviation civile israélienne : descendant d’un vol Air France en provenance de Rome, trois terroristes avaient récupéré leurs bagages (des étuis à violon…) et en avaient extirpé des mitraillettes et des grenades. En l’espace de quelques secondes, le commando avait fait 26 morts et 79 blessés. Lire la suite

La stratégie déficiente du nouveau chef de la sureté des transports américains

John Pistole a été nommé à la tête de la Transportation Security Administration (TSA) fin juin 2010,  alors que l’institution voguait sans capitaine depuis un an et demi.

M. Pistole était la semaine dernière de passage à Atlanta, l’aéroport le plus achalandé du monde. Interrogé par un journal local, l’Atlanta Journal – Constitution, il a montré que, derrière son aura d’ancien directeur adjoint du FBI, spécialiste du contre-terrorisme, se cache en fait un haut fonctionnaire déjà engoncé dans les idées reçues.

Si, les premières semaines de son mandat, le style John Pistole a pu faire illusion, il est clair aujourd’hui qu’il a fait long feu… Comme l’attestent les extraits suivants.

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De Times Square à la « No Fly List »

La récente tentative d’attentat à la voiture piégée sur Times Square, à New York, nous ramène brutalement – et étonnamment – à la question des no-fly lists. En effet, le 3 mai dernier, soit 53 heures après la découverte fortuite de l’engin explosif, l’auteur de l’attentat manqué était arrêté par les autorités, à bord d’un avion de la compagnie Emirates sur le point de décoller à destination de Dubaï.

On a déjà à peu près tout écrit et tout dit sur la regrettable incapacité du FBI et consorts a empêché le terroriste, Faisal Shahzad, de monter dans l’avion, alors que :

  1. il était inscrit sur la No fly list, la liste la plus restrictive parmi les quatre utilisées aux États-Unis pour assurer la sûreté aérienne,  (cf. ce précédent article, § 2.1)
  2. il était recherché pour un acte terroriste déjà commis (tout du moins tenté).

Ce qui doit ici davantage retenir notre attention est ailleurs. Ainsi, on constatera tout d’abord que si Faisal Shahzad a été arrêté avant le décollage, c’est grâce à une procédure mise en place juste après le 11-Septembre : celle-ci impose à toutes les compagnies aériennes d’adresser aux Douanes américaines le manifeste de leurs vols (depuis ou vers les États-Unis) 30 minutes avant le départ de l’avion. Lire la suite

Les leçons du vol 253 – La faillite du système des bases de données du renseignement

[Deuxième volet de l’étude consacrée à l’attentat manqué contre le vol 253]

Avant l’attentat manqué du 25 décembre 2009 contre le Vol Amsterdam-Détroit, la communauté américaine du renseignement avait collecté plusieurs informations pertinentes concernant l’implication terroriste d’Abdul Mutallab. Ce que l’on reproche principalement aujourd’hui à l’Administration, c’est son incapacité à relier les points (connecting the dots), à repérer et à arrêter Abdul Mutallab avant qu’il ne monte dans l’avion.

S’agit-il de nouvelles affres du cloisonnement entre les agences, quelques semaines après le massacre de Fort Hood (qui a mis en évidence le non-partage d’information entre l’Armée américaine et le FBI) ? Ou faut-il y voir un procès d’intention, diligenté par des politiciens médiatisés, spécialistes du « y-avait-qu’à-fallait-qu’on » ?

Après le 11 septembre 2001, la preuve fut faite que les agences de renseignement travaillaient en silo, sans partager l’information de sécurité nationale. On a alors instauré en 2005 l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI) qui supervise les seize agences fédérales de renseignement. En son sein, a été créé le National Counter Terrorism Center (NCTC), dont la tâche est précisément de mettre en relation les informations pertinentes détenues par des agences différentes.

Mais en instaurant ces nouveaux organismes, l’Administration Bush a également créé un monstre bureaucratique qui a bien vite rendu inopérants les avantages techniques qu’aurait pu avoir ce changement majeur. L’affaire du vol 253 est symptomatique de cette bureaucratie. (…)