Que nous apprend l’attentat de Bourgas ?

Le 18 juillet dernier, à l’aéroport de Bourgas (Bulgarie), un attentat à la bombe a causé la mort de six personnes et fait 30 blessés. L’explosion s’est produite dans le stationnement qui fait face à l’aérogare et visait un autocar affrété pour conduire à leur hôtel des touristes israéliens qui venaient de débarquer de l’avion – cinq d’entre eux en sont décédés.

Le porteur de la bombe était un homme d’une trentaine d’années, déguisé comme un touriste, qui aurait ainsi pu monter à bord de l’autocar visé sans éveiller les soupçons. On pense aujourd’hui qu’il aurait agi comme « mule », pour le compte d’un autre terroriste, situé à proximité, qui aurait déclenché l’explosion au moment opportun. Lire la suite

Une tarte aux pêches révélatrice

Par Amotz Brandes

Version originale : Peach Piechameleonassociates.com

Traduit de l’anglais (américain) par AP

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À la soirée barbecue où je me trouve, je remarque que l’homme qui se tient près du buffet des desserts porte un holster sous sa veste. Je m’en aperçois au moment où il se saisit d’une part de tarte aux pêches. Le pistolet est visible (il me semble que c’est un HK). Bref, il y a un homme étrange avec une arme dans la place. La question qui se pose alors est la suivante : devrais-je m’en inquiéter ?

« Hey, Mike. Ce type là-bas, il a un pistolet.

– Oh, tu parles de Joe ? Ouais, il est avec ma sœur, Julie. Il est détective privé. En fait, ils doivent partir tôt parce qu’il travaille ce soir. C’est un type formidable.»

Tout ce que cela m’a pris pour écarter la « menace du pistolet » : un dialogue de deux répliques. J’y ai appris que l’invité au pistolet a une raison légitime de le porter, qu’il est connu et que c’est un type bien.

Mais nous focalisons encore tellement sur la détection des armes. Toutes sortes de technologies sont dédiées à cette tâche. Peut-être est-ce parce qu’il semble plus facile de traiter avec des objets qu’avec des êtres humains. Peut-être est-ce parce que, pour une raison psychologique ou culturelle, il nous parait plus simple de chercher une chose que de tenter de découvrir les pensées d’une personne ou d’expliquer son comportement. Ce n’est pas que la question des armes ne soit pas pertinente. Bien sûr qu’elle l’est. Mais ce n’est là qu’une petite partie de l’équation.

Il y a un pistolet à la soirée barbecue, mais aucune intention maligne. L’intention, voilà la notion-clé. Ce type pourrait tout aussi bien porter une grenade, un sabre ou un lance-roquettes, cela ne ferait aucune différence ; parce qu’il n’est pas un adversaire et qu’il n’a pas de plan d’attaque. La seule chose qu’il semble avoir l’intention d’attaquer, c’est sa part de tarte.

Un système de sureté qui dépasse l’entendement

Par Amotz Brandes

Version originale : It Boogles the Mind  – chameleonassociates.com

Traduit de l’anglais (américain) par AP

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Ces derniers jours, on ne peut être qu’abasourdi par l’actualité de la sureté aérienne.

Des bambins sur les listes d’interdiction de vol

Ce mois-ci, une adorable petite fille de 18 mois a dû sortir d’un avion [peu avant le décollage]. La compagnie aérienne a prétendu que l’enfant figurait sur la liste d’interdiction de vol, à cause d’une erreur informatique. La compagnie a justifié sa décision en indiquant qu’elle a suivi le protocole.

De nouvelles armes terroristes défient nos systèmes de sureté

Les terroristes développent des bombes non métalliques, faites de composants difficiles à détecter et soigneusement dissimulés.

Les voyageurs sont à bout de patience

Aujourd’hui, les passagers sont pour ainsi dire en guerre contre la TSA [Transportation Security Administration – NdT]. Aux désagréments qu’ils subissent dans les longues files d’attente s’ajoutent des doutes récurrents sur l’efficacité de notre système de sureté de l’aviation civile.

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Un nouveau contributeur, spécialiste international en sureté aérienne

J’ai le plaisir de vous annoncer que Rapports minoritaires compte un nouveau contributeur, en la personne d’Amotz Brandes. M. Brandes est un spécialiste mondialement reconnu de la sureté aéroportuaire. Ancien du renseignement dans l’Armée israélienne, il fut durant plus de quatre ans profileur de sureté pour la compagnie aérienne El Al.

Il est aujourd’hui directeur associé au sein de Chameleon Associates une compagnie de formation-conseil en sureté et en renseignement privé, présente à l’international. J’ai assisté à plusieurs  séminaires de formation animés par Amotz. J’ai ainsi pu apprécié l’étendue de ses compétences en matière de profilage et d’entretien de sureté.

Amotz a très volontiers accepté que je traduise et publie ici des articles écrits à l’origine (en anglais) sur le site web de sa compagnie. Aussi, c’est avec une grande joie que je l’accueille sur ce blogue.

Avec le Chef de la TSA, plus ça change, plus c’est pareil

Le mois dernier, le Chef de la Transportation Security Administration (TSA), M. John Pistole, a accordé une longue entrevue en public au Newseum de Washington (voir le vidéo ici), dans le cadre de la commémoration du 10ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001.

À cette occasion, il a évoqué les changements en cours et futurs au sein de son administration. Mais comme à son habitude, il a énoncé quelques contrevérités.

Ainsi, il évoquait tout d’abord le Checkpoint of the Future, développé par l’International Air Transport Association (IATA). Le projet vise à de reconstruire le point de fouille aéroportuaire en une série de trois couloirs parallèles, chacun correspondant à un niveau de risque spécifique et proposant des système de contrôle adaptés. M. Pistole concluait [à 19’00″] :

Pistole That’s a great concept, but it is not there from a technology perspective.

Certes, la technologie n’est pas encore au point. Mais quand bien même le serait-elle, le Checkpoint of the Future ne serait pas pour autant la panacée. John Pistole reprend ici à son compte la dialectique de sa ministre de tutelle, Janet Napolitano. Pour le Department of Homeland Security (DHS), en effet, la technologie est la solution ultime aux problème de sureté aérienne. Une position officielle que nous avons critiqué il y a peu sur ce blogue. Lire la suite

L’obsession technologique des autorités américaines – Le syndrome de la chaussure piégée

Jeudi dernier, une dépêche de l’AFP faisant état du discours prononcé le jour même, à Las Vegas, par Mme Janet Napolitano, Secrétaire à la sécurité intérieure des États-Unis, devant un parterre de gestionnaires de l’industrie du transport et du tourisme.

Elle y a déclaré que les bombes dissimulées dans les chaussures constituent encore et toujours une menace pour l’aviation civile. Elle a ajouté que son ministère cherche  activement une solution technologique à ce problème. Mais qu’en attendant, les voyageurs devront continuer à ôter leurs chaussures pour les faire scanner au point de contrôle préembarquement des aéroports.

Et d’asséner péremptoirement :

It’s a technological problem.

Cette petite phrase, totalement erronée, est lourde de sens. Elle révèle que, pour les autorités américaines, la sureté de l’aviation civile est avant tout, encore et toujours, une question de technologie : Lire la suite

Le Congrès américain fustige encore le profilage de sureté, mais ne le comprend toujours pas

Qu’on l’appelle profilage de sureté, behavior pattern recognition ou évaluation comportementale de la menace, l’empirique et efficace système de sureté qui nous vient d’Israël subit des attaques récurrentes.

Le principal reproche qui est formulé à son encontre est que cette méthode de détection des malfaisants, telle que pratiquée notamment à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv, ne serait en fait ni plus ni moins que du profilage racial.

Cette argumentation est pour le moins absurde, quand on sait que si un aéroport dans le monde ne pratique pas le profilage racial, c’est bien celui de Tel Aviv. En effet, les Israéliens savent pertinemment que le profilage racial ne fonctionne pas. Car c’est dans cet aéroport qu’a eu lieu, en 1972, le pire attentat terroriste jamais commis contre l’aviation civile israélienne : descendant d’un vol Air France en provenance de Rome, trois terroristes avaient récupéré leurs bagages (des étuis à violon…) et en avaient extirpé des mitraillettes et des grenades. En l’espace de quelques secondes, le commando avait fait 26 morts et 79 blessés. Lire la suite

Le ministère israélien des transports prend une décision de sécurité… non sécuritaire

Le Jerusalem Post révélait la semaine dernière que le ministère des transports israélien venait de contraindre la compagnie nationale El Al d’annuler la centaine de vols charter directs entre le Nigéria et Israël prévus pour la période des fêtes de fin d’année. Et aucune autre compagnie israélienne ne sera autorisée à assurer la liaison.

Cette décision, prise au vu des renseignements du service de sécurité du ministère des transports, a pour but d’éviter tout attentat, un an après la tentative du Nigérian Umar Farouk Abdul Muttalab, le 25 décembre dernier, de faire exploser le vol 253 de la NorthWest Airlines entre Amsterdam et Détroit.

Ce sont ainsi 28 000 pèlerins chrétiens du Nigéria qui devront trouver une alternative pour se rendre en Terre Sainte. Outre l’impact économique sur l’industrie du tourisme, cette décision administrative s’avère doublement inquiétante du point de vue de la sureté d’Israël.

Tout d’abord parce que, paradoxalement, cette décision accroit le risque d’attentat (1). Ensuite, parce qu’elle constitue un indice majeur de la dérive bureaucratique de l’État israélien (2).

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Détection comportementale – L’ACSTA entre le marteau et l’enclume

L’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) est chargée du contrôle pré-embarquement des passagers et de leurs bagages de cabine aux points de fouille des aéroports. Elle est en quelque sorte l’équivalent canadien de la Transportation Security Administration (TSA) étatsunienne – même si cette dernière dispose d’une compétence plus large en matière de transport. On comprendra donc que l’organisme canadien ait décidé d’adapter le programme S.P.O.T. (Screening Passengers by Observation Techniques) en vigueur dans la plupart des grands aéroports américains.

On apprenait en effet dans l’Ottawa Citizen du 14 août dernier que l’ACSTA lancerait en janvier 2010, dans un aéroport de classe 1, un projet pilote de détection comportementale. De prime abord, il y aurait de quoi se réjouir qu’un tel programme soit étendu à notre pays. Pourtant, à y regarder de plus près, il n’est pas certain que cette initiative canadienne soit la bienvenue.

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Où l’on reparle de la détection comportementale et du profilage racial

L’édition électronique du Times vient de publier un article absolument remarquable signé par Philip Baum, un spécialiste de la sécurité de l’aviation : en une page et demie, le rédacteur en chef de la revue Aviation Security International y explique parfaitement pourquoi le profilage des usagers des aéroports et de l’aviation civile est une nécessité.

Du côté de la Transportation Security Administration (TSA), on croyait l’affaire entendue : parmi nombre de systèmes de sûreté qu’elle a mis en place dans les aéroports américains, il y en avait au moins un qui répondait admirablement aux besoins tactiques et stratégiques de sûreté de l’aviation civile : le programme S.P.O.T. (Screening Passengers by Observation Techniques). Il s’agit là de la première application au milieu aéroportuaire de la détection comportementale (Behavior Detection ou Behavior Pattern Recognition – BPR) en Amérique du Nord.

Durant des années, on a pu apprécier la démarche de la TSA qui, contre vents de particuliers et marées de journalistes, expliquait continuellement – et à raison – que le BPR n’était pas du tout du profilage racial. Malheureusement, cette dernière phrase est écrite au passé. En effet, depuis quelques mois, plusieurs cas apparemment isolés nous démontrent que l’administration américaine est, selon toute vraisemblance, retombée dans les ornières dont elle avait peiné à s’extirper au cours des dernières années.

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La détection comportementale – Échec allégué ou succès ignoré ?

On peut dire beaucoup de choses sur la soi-disant efficacité des niveaux de sécurité (security layers) implantés par la Transportation Security Administration (TSA) dans les aéroports américains. Mais s’il en est un qui mérite une réflexion approfondie, c’est bien la détection comportementale. 

USA Today vient de publier un article qui, pour qui sait lire entre les lignes, s’avère extrêmement révélateur. Ainsi, le quotidien américain critique en ces termes ce programme de détection mis en place par la TSA :

Fewer than 1% of airline passengers singled out at airports for suspicious behavior are arrested, Transportation Security Administration figures show, raising complaints that too many innocent people are stopped.
A TSA program launched in early 2006 that looks for terrorists using a controversial surveillance method has led to more than 160,000 people in airports receiving scrutiny, such as a pat-down search or a brief interview. That has resulted in 1,266 arrests, often on charges of carrying drugs or fake IDs, the TSA said.
The TSA program trains screeners to become « behavior detection officers » who patrol terminals and checkpoints looking for travelers who act oddly or appear to answer questions suspiciously.
Critics say the number of arrests is small and indicates the program is flawed. (…)

Répartition des personnes soumises à contrôle suite à une détection comportementaleEn fait, l’article dit une chose et son contraire. Certes, depuis 2006, moins de 1 % des personnes « détectées » ont effectivement été arrêtées. Mais est-ce la preuve de l’échec de ce programme de lutte contre le terrorisme aux aéroports américains ? Rien n’est moins sûr. Tout d’abord, depuis le début du programme, aucun acte terroriste n’a été commis en lien direct avec un aéroport américain. Dire que le projet est un échec ne veut donc rigoureusement rien dire. Par ailleurs, ce sont tout de même 1266 personnes qui ont été interpellées dans les aéroports de l’Oncle Sam pour un acte délictuel. Autant d’actes qui n’auraient pas été repérés par d’autres systèmes de sécurité de la TSA. En conséquence, le programme est déjà une réussite en terme de lutte contre la criminalité aux aéroports.

Les chefs d’arrestation méritent également notre attention : il s’agit principalement de possession de drogues et de fausses pièces d’identité. Or, sur ce dernier point, on touche clairement à un secteur d’activité qui intéresse au plus haut point les organisations terroristes. De fait, le programme de détection comportementale pourrait bien être un succès aussi en matière de lutte contre le terrorisme.

Certes, on peut trouver que 160 000 personnes soumises à un examen approfondi, cela fait beaucoup pour arrêter 1266 délinquants. Mais cela veut simplement dire que les Behavior Detection Officers (BDO) de la TSA ont encore à affiner leurs techniques. En outre, il faut considérer le chiffre de 15 000 personnes soumises à un interrogatoire de police, soit près de 10 % des personnes détectées. Contrairement à ce que semble penser le journaliste de USA Today, cela n’est pas anodin. Cela signifie que dans près de 10 % des cas, les personnes détectées ont suscité l’attention approfondie de la police. Et que, sur ces 15 000 personnes interrogées, la police n’a découvert des éléments probants justifiant une arrestation sur-le-champ que dans 1266 cas. Il faut en effet se souvenir que, avant son attentat de décembre 2001, Richard Reid, le fameux shoe bomber, avait été repéré à deux reprises au départ d’Amsterdam, par la détection comportementale des employés d’El Al. Interrogé par la police, il avait été relâché, faute de preuves. El Al Le laissa embarquer la seconde fois, non sans placer à coté de lui un agent de sécurité de la compagnie qui l’observa durant tout le vol. Comprenant qu’il lui serait impossible de faire exploser un avion d’El Al, Richard Reid s’est alors tourné vers American Airlines

Je trouve pour ma part les chiffres avancés par USA Today particulièrement éloquents. Ils disent en fait tout l’intérêt qu’il faut porter au programme de détection comportementale dans les aéroports. L’article susmentionné prend pour postulat que la détection comportementale menée par la TSA se limite à une observation de mouvements parasites qui trahiraient la volonté criminelle chez une personne malintentionnée. Pour avoir personnellement suivi un séminaire de détection comportementale auprès de la société qui a formé les agents de la TSA, je me contenterai de dire que cette opinion largement répandue est fausse.

La détection comportementale, qui nous vient des services de sécurité israéliens, s’avère au contraire bien plus efficace et moins intrusive que n’importe quel autre security layer mis en place aux aéroports par le Department of Homeland Security (DHS). Et contrairement à ce qu’avancent certains défenseurs des droits civiques américains, la détection comportementale est tout le contraire d’un profilage racial.