Que nous apprend l’attentat de Bourgas ?

Le 18 juillet dernier, à l’aéroport de Bourgas (Bulgarie), un attentat à la bombe a causé la mort de six personnes et fait 30 blessés. L’explosion s’est produite dans le stationnement qui fait face à l’aérogare et visait un autocar affrété pour conduire à leur hôtel des touristes israéliens qui venaient de débarquer de l’avion – cinq d’entre eux en sont décédés.

Le porteur de la bombe était un homme d’une trentaine d’années, déguisé comme un touriste, qui aurait ainsi pu monter à bord de l’autocar visé sans éveiller les soupçons. On pense aujourd’hui qu’il aurait agi comme « mule », pour le compte d’un autre terroriste, situé à proximité, qui aurait déclenché l’explosion au moment opportun. Lire la suite

Initiation par le jeu au renseignement en contexte aéroportuaire

Retour sur une expérience concluante menée au niveau pré-universitaire

Je participe depuis plusieurs années au programme de l’attestation d’études collégiales (AEC) en Techniques de la sureté aéroportuaire, au Collège Gérald-Godin de Montréal (Ste-Geneviève). Cette formation de 525 heures est dispensée en collaboration avec la Sureté aéroportuaire d’Aéroports de Montréal (ADM) – la compagnie gérant les aéroports internationaux de Montréal-Trudeau et de Montréal-Mirabel. L’AEC vise à former des agents de sureté, appelés à travailler dans des aéroports canadiens.

Dans le cadre de cette formation, je dispense trois cours de trois heures chacun, consacrés respectivement au terrorisme, au profilage de sureté et au renseignement. Pour ce dernier, j’ai développé récemment un jeu pédagogique pour enseigner les rudiments du renseignement en milieu aéroportuaire. Ce jeu, intitulé Bellærophon, a connu son baptême du feu il y a quelques semaines.

Il serait prématuré de tirer des conclusions définitives d’une expérience qui, pour l’heure, n’a été menée qu’à une seule occasion. Toutefois, certaines constatations peuvent d’ores et déjà être rapportées. Ainsi, le questionnaire de rétroaction réalisé pour l’occasion a révélé des commentaires très positifs et encourageants de la part des 17 étudiants et des trois observateurs.

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Un système de sureté qui dépasse l’entendement

Par Amotz Brandes

Version originale : It Boogles the Mind  – chameleonassociates.com

Traduit de l’anglais (américain) par AP

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Ces derniers jours, on ne peut être qu’abasourdi par l’actualité de la sureté aérienne.

Des bambins sur les listes d’interdiction de vol

Ce mois-ci, une adorable petite fille de 18 mois a dû sortir d’un avion [peu avant le décollage]. La compagnie aérienne a prétendu que l’enfant figurait sur la liste d’interdiction de vol, à cause d’une erreur informatique. La compagnie a justifié sa décision en indiquant qu’elle a suivi le protocole.

De nouvelles armes terroristes défient nos systèmes de sureté

Les terroristes développent des bombes non métalliques, faites de composants difficiles à détecter et soigneusement dissimulés.

Les voyageurs sont à bout de patience

Aujourd’hui, les passagers sont pour ainsi dire en guerre contre la TSA [Transportation Security Administration – NdT]. Aux désagréments qu’ils subissent dans les longues files d’attente s’ajoutent des doutes récurrents sur l’efficacité de notre système de sureté de l’aviation civile.

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Une sureté efficace sans renseignement ?

Par Amotz Brandes

Version originale : Good Security without Intel?

Traduit de l’anglais (américain) par AP

Une organisation de sureté peut-elle travailler efficacement sans recourir à du renseignement fourni par des organismes à l’externe ? La réponse est un oui retentissant. Souvent, les organismes de sureté dépendent des agences gouvernementales pour la fourniture d’informations [sensibles]. Par exemple, la Transportation Security Administration (TSA) se fie au Terrorist Screening Center du FBI pour produire la liste d’interdiction de vol [No-Fly List] et la liste de sélection de contrôle secondaire. Le renseignement fourni par une institution gouvernementale peut évoquer la possibilité d’un attentat, identifier une personne digne d’intérêt ou révéler un mode opératoire terroriste. La diffusion de ce renseignement peut être aussi bien générale que spécifique. Mais, qu’il concerne l’identité d’un ennemi potentiel, des indicateurs de suspicion ou un mode opératoire, ce renseignement, certes bienvenu, s’avère limité par nature.

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Vidéo Youtube sur l’inefficacité des scanneurs corporels d’aéroport – La TSA incapable de réagir

Mine de rien, c’est une crise majeure qu’est en train de traverser la Transportation Security Administration (TSA).

Son instigateur : un jeune ingénieur américain, Jonathan Corbett.

Son crime : la semaine dernière, il a publié sur YouTube une vidéo qu’il a tournée lui-même au point de fouille de deux aéroports américains. Il y montrait la facilité déconcertante avec laquelle on peut tromper les scanneurs corporels de la TSA et faire monter dans un avion de ligne des objets ou substances dangereux pour l’aviation civile : il a cousu à la main une poche latérale sur sa chemise et y a glissé une boite métallique ; l’objet n’a pas été détecté par le scanneur corporel de l’aéroport de Fort Lauderdale, ni par celui de Cleveland… En l’espace d’une semaine, cette vidéo a été visionnée 1.750.000 fois !

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Contrôle aléatoire préembarquement : une dangereuse illusion de sureté

Dans les aéroports canadiens, le point de contrôle préembarquement ressemble toujours davantage à la Ligne Maginot : un déploiement technologique impressionnant, particulièrement onéreux à implanter et à entretenir ; mais qu’il est pourtant aisé de contourner.

La liste des exemples est longue ; aussi n’en citerai-je ici que deux, sur lesquels j’ai déjà écrits dans le cadre de ce blogue.

  • Les fameux scanneurs corporels, tout d’abord. Au Canada, ces « scanneurs qui déshabillent » ne sont utilisés qu’au contrôle secondaire ; c’est à dire seulement lorsque le portique détecteur de métaux du contrôle primaire sonne l’alarme. C’est une véritable aberration, comme je l’ai précédemment expliqué ici.
  • Les détecteurs d’explosifs liquides, ensuite. Comme je le mentionnais dans un précédent article, ces appareils demeureront  sans intérêt tant qu’une technologie efficace ne sera pas en place à toutes les lignes de contrôle préembarquement, dans tous les aéroports et tant que l’on ne les aura pas couplés systématiquement avec un scanneur corporel.

À la lecture de ces textes, on serait tenté de rétorquer : C’est oublier un important niveau de sureté supplémentaire : le contrôle aléatoire au point de fouille.

Non, je ne l’ai pas oublié. Malheureusement, dans les faits, cette mesure se révèle totalement illusoire pour lutter efficacement contre le terrorisme aérien.

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Quand les relations publiques gouvernementales révèlent une faille de sureté aérienne…

On apprenait jeudi dernier dans le Times Colonist que le scanneur corporel de l’aéroport de Victoria (Colombie-britannique) n’avait quasiment jamais été utilisé de tout l’été. C’est du moins ce qu’avançait le syndicat de l’Association of Machinists and Aerospace Workers, le syndicat qui représente les personnels de sureté de l’aéroport.

Le Sénateur Colin Kenny, ancien président du comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense, s’est aussitôt empressé de jeter de l’huile sur le feu, entonnant l’air connu du politicien outré, arguant qu’il était intolérable qu’une machine de 250.000 $ fût ainsi mise au rebut.

L’Administration canadienne de la sureté du transport aérien (ACSTA), responsable des points de contrôle préembarquement, a fait savoir, par la voix de son porte-parole, Mathieu Larocque, que ces informations étaient fausses. Selon lui, le scanneur a continué de fonctionner tout l’été, mais à un taux d’utilisation moindre. Il l’a expliqué par les compressions de personnels que l’ACSTA a subi récemment. Ce sont en effet 15 % de ses agents aux points de fouille qui ont été remerciés en mai dernier, coupes budgétaires fédérales obligent.

Mais l’important dans cette affaire ne réside pas dans le taux d’utilisation du scanneur corporel. Le vrai problème de cet article, c’est qu’on peut y lire le porte-parole de l’ACSTA révéler – sans même s’en rendre compte – une importante faille de sureté de l’aéroport de Victoria. Lire la suite

L’obsession technologique des autorités américaines – Le syndrome de la chaussure piégée

Jeudi dernier, une dépêche de l’AFP faisant état du discours prononcé le jour même, à Las Vegas, par Mme Janet Napolitano, Secrétaire à la sécurité intérieure des États-Unis, devant un parterre de gestionnaires de l’industrie du transport et du tourisme.

Elle y a déclaré que les bombes dissimulées dans les chaussures constituent encore et toujours une menace pour l’aviation civile. Elle a ajouté que son ministère cherche  activement une solution technologique à ce problème. Mais qu’en attendant, les voyageurs devront continuer à ôter leurs chaussures pour les faire scanner au point de contrôle préembarquement des aéroports.

Et d’asséner péremptoirement :

It’s a technological problem.

Cette petite phrase, totalement erronée, est lourde de sens. Elle révèle que, pour les autorités américaines, la sureté de l’aviation civile est avant tout, encore et toujours, une question de technologie : Lire la suite

Le Congrès américain fustige encore le profilage de sureté, mais ne le comprend toujours pas

Qu’on l’appelle profilage de sureté, behavior pattern recognition ou évaluation comportementale de la menace, l’empirique et efficace système de sureté qui nous vient d’Israël subit des attaques récurrentes.

Le principal reproche qui est formulé à son encontre est que cette méthode de détection des malfaisants, telle que pratiquée notamment à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv, ne serait en fait ni plus ni moins que du profilage racial.

Cette argumentation est pour le moins absurde, quand on sait que si un aéroport dans le monde ne pratique pas le profilage racial, c’est bien celui de Tel Aviv. En effet, les Israéliens savent pertinemment que le profilage racial ne fonctionne pas. Car c’est dans cet aéroport qu’a eu lieu, en 1972, le pire attentat terroriste jamais commis contre l’aviation civile israélienne : descendant d’un vol Air France en provenance de Rome, trois terroristes avaient récupéré leurs bagages (des étuis à violon…) et en avaient extirpé des mitraillettes et des grenades. En l’espace de quelques secondes, le commando avait fait 26 morts et 79 blessés. Lire la suite

Aéroport de Francfort : un attentat terroriste inquiétant, pourtant bien vite oublié

Le 2 mars dernier, sur la rampe des arrivées de l’aéroport international de Francfort (Allemagne), un homme est monté à bord d’un autocar qui s’apprêtait à convoyer une vingtaine de soldats américains. Il a sorti un pistolet et fait feu à plusieurs reprises, tuant ainsi deux militaires et en blessant deux autres.

La finalité terroriste de l’agresseur est aujourd’hui clairement établie : Arid Uka, 21 ans, musulman d’origine kosovare résidant en Allemagne, a agi de la sorte pour condamner à sa manière la présence de l’armée américaine en Afghanistan. Les soldats ciblés arrivaient en effet du Royaume-Uni et s’apprêtaient à rallier par la route la base américaine de Rammstein d’où ils s’envoleraient pour l’Afghanistan.

Ce qui frappe le plus dans cette attaque jihadiste, c’est la faiblesse de la couverture médiatique qui lui a été accordée. Une semaine après les faits, les médias internationaux n’évoquaient déjà plus l’événement ; et ce, avant même que ne surviennent le tsunami japonais et la crise libyenne

Pourtant, malgré les apparences, l’attentat de Francfort mérite une attention particulière. Il cumule en effet quatre éléments préoccupants ayant trait à la menace terroriste globale (1) comme spécifique aux aéroports occidentaux (2).

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L’illusion technologique en sureté aéroportuaire – Le cas des détecteurs d’intention néfaste

ou
Comment perdre son esprit scientifique et gagner des budgets publics

En ce début d’année 2011, les autorités israéliennes ont annoncé la mise en place, à l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv, d’un nouveau système automatisé de contrôle pré-embarquement des passagers. Malgré sa technologie avancée, le système UniPass – actuellement en phase de test – vient renforcer un processus de contrôle centré sur des intervenants humains.

Tel n’est clairement pas le paradigme en Occident, où l’on cherche à tout prix à développer la panacée sécuritaire : la machine qui détecte les terroristes en lisant dans leurs funestes pensées.

L’affaire est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Souvenons-nous que, dans les années 70, les services de renseignement américains étaient persuadés que les médiums et autres « psychics » pouvaient les aider à gagner la Guerre froide. Aussi avaient-ils financé des programmes d’espionnage via pouvoirs paranormaux !

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Al-Qaïda de la Péninsule arabique et l’aviation civile : la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf

– Une analyse du dernier numéro de la revue Inspire

Inspire est une publication périodique réalisée par Al-Malahem Media Production, la branche médias de l’organisation terroriste Al-Qaïda de la péninsule arabique (AQPA). Cette revue est disponible en versions anglaise et arabe. Son troisième numéro constitue une édition spéciale (special issue) datée de novembre 2010 et consacrée en intégralité aux attentats manqués du 29 octobre dernier contre deux avions cargo de FedEx et d’UPS.

L’analyse de ce dernier numéro nous permet d’avancer que lesdits attentats n’étaient pas à proprement parler des actes terroristes mais bien plutôt une opération médiatique et de propagande (1). AQPA tente ici de dissimuler ses difficultés grandissantes à déjouer la sureté aérienne ; pour ce faire, elle affiche une confiance en soi démesurée et exagère sa dangerosité envers l’aviation civile internationale (2).

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Avions cargo dans les turbulences terroristes – Une analyse à contre-courant

Le 29 octobre dernier, on apprenait la découverte, au Royaume-Uni et à Dubaï, de deux bombes dissimulées dans des cartouches d’encre pour imprimante. Expédiés depuis le Yémen, ces deux colis piégés devaient rallier Chicago par avion cargo quelques heures plus tard.

Depuis l’annonce de ces événements, la sécurité intérieure américaine et le secteur du transport aérien international ont encore resserré les contrôles à l’encontre des passagers et du fret. Ce double attentat manqué, qualifié dans les pays anglophones de ink bomb plot, a en effet été largement décrit comme l’événement terroriste le plus inquiétant depuis l’attentat du 25 décembre 2009 contre le vol 253 de Delta Airlines entre Amsterdam et Détroit. Dans une allocution, le président américain Barack Obama qualifiait les nouvelles visées d’al-Qaïda envers les avions cargo de « credible terrorist threat ».

Pourtant, ces sensationnalistes ardeurs politico-médiatiques doivent être grandement tempérées.

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Le ministère israélien des transports prend une décision de sécurité… non sécuritaire

Le Jerusalem Post révélait la semaine dernière que le ministère des transports israélien venait de contraindre la compagnie nationale El Al d’annuler la centaine de vols charter directs entre le Nigéria et Israël prévus pour la période des fêtes de fin d’année. Et aucune autre compagnie israélienne ne sera autorisée à assurer la liaison.

Cette décision, prise au vu des renseignements du service de sécurité du ministère des transports, a pour but d’éviter tout attentat, un an après la tentative du Nigérian Umar Farouk Abdul Muttalab, le 25 décembre dernier, de faire exploser le vol 253 de la NorthWest Airlines entre Amsterdam et Détroit.

Ce sont ainsi 28 000 pèlerins chrétiens du Nigéria qui devront trouver une alternative pour se rendre en Terre Sainte. Outre l’impact économique sur l’industrie du tourisme, cette décision administrative s’avère doublement inquiétante du point de vue de la sureté d’Israël.

Tout d’abord parce que, paradoxalement, cette décision accroit le risque d’attentat (1). Ensuite, parce qu’elle constitue un indice majeur de la dérive bureaucratique de l’État israélien (2).

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À quoi servent les chasseurs de l’armée qui escortent les avions de ligne ?

Le 15 mai dernier, un vol Hong-Kong-Vancouver de la Cathay Pacific a terminé son périple au-dessus de l’océan escorté par deux chasseurs CF-18 de l’Armée de l’air canadienne. Ceux-ci avaient été dépêchés en urgence par le NORAD (North American Aerospace Defence Command), après que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait fait état d’une menace d’attentat à la bombe à bord de l’avion de ligne.

Quand on demande audit NORAD la raison d’un tel déploiement de force autour d’un appareil civil en plein vol, il répond par la bouche de sa porte-parole, le Major Holly Apostoliuk :

Considering the time available when information is received about a potential threat to an aircraft, one does not have time for a full investigation, and neither would anyone want us to do so. The point is, based on the information, to do all we can to ensure a safe landing of the aircraft.

On ne s’inquiéterait pas outre mesure de ce genre de déclaration à l’emporte-pièce si elle n’avait pas été malencontreusement confirmée par un professeur en science politique de l’Université Simon Fraser (Colombie-Britannique), le Pr Stuart Farson, que La Presse canadienne présente comme un « terrorism expert » :

I think it’s just being appropriately cautious. The guys at NORAD just don’t have the time to identify what the threat actually is. You have to take some sort of action.

« Vous devez agir, d’une manière ou d’une autre » ? Certes, mais pas n’importe comment. Or, en pareil cas, envoyer la chasse pour intercepter un avion de ligne ne présente pas la moindre utilité.

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