Tempête dans un aquarium

ou

Comment on enterre les scanneurs à ondes millimétriques dans les aéroports canadiens

Le 28 août dernier, un certain Abdullah Hassan Tali Assiri (alias Abu al-Khair) a attenté à la vie du prince Mohammed bin Nayef, responsable saoudien de la lutte antiterroriste, en se faisant exploser dans le bureau de celui-ci. Le terroriste a été tué mais le prince saoudien n’a eu que des blessures superficielles.

Abu al-Khair, activiste d’Al-Qaida dans la péninsule arabique, avait, sous couvert du Ramadan, demandé audience au haut fonctionnaire en prétendant être un repenti. Il avait été conduit auprès du prince à bord de l’avion personnel de celui-ci. Porteur de la bombe, il avait passé avec succès le contrôle pré-embarquement de deux aéroports.

Et pour cause : la bombe était cachée dans son rectum. Une fois parvenu à immédiate proximité de sa cible, il a fait détoner la charge en lui par la voie des ondes, à l’aide de son téléphone portable.

Le modus operandi de cet attentat suicide a causé un tsunami dans le Landerneau de la sûreté aérienne et aéroportuaire. Mais doit-on s’étonner de la survenue d’un tel événement ? Non, pour deux raisons :

  • Tout d’abord, à chaque fois que les contre-terroristes trouvent la parade au dernier mode opératoire découvert, il y a toujours un petit malin qui en invente un nouveau.
  • Ensuite, ce n’était qu’une question de temps avant qu’un terroriste fît passer des explosifs comme des passeurs transportent des stupéfiants. Les « mules » ingurgitent en effet des volumes de drogues parfois considérables. Dans l’administration pénitentiaire, ce mode de dissimulation des objets prohibés est qualifié Keister. Pourquoi n’en irait-il pas de même des terroristes avec des pelotes de C4 ?

Sommes-nous ici confrontés au mode opératoire terroriste absolu (1) ? Est-ce la fin des nouveaux scanneurs à ondes millimétriques, avant même qu’ils ne soient installés dans les aéroports canadiens (2) ? En fait, si ces scanneurs hi-tech sont morts avant d’être nés, c’est bien plutôt en raison de leur relégation annoncée au seul contrôle secondaire pré-embarquement (3).

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Où l’on reparle de la détection comportementale et du profilage racial

L’édition électronique du Times vient de publier un article absolument remarquable signé par Philip Baum, un spécialiste de la sécurité de l’aviation : en une page et demie, le rédacteur en chef de la revue Aviation Security International y explique parfaitement pourquoi le profilage des usagers des aéroports et de l’aviation civile est une nécessité.

Du côté de la Transportation Security Administration (TSA), on croyait l’affaire entendue : parmi nombre de systèmes de sûreté qu’elle a mis en place dans les aéroports américains, il y en avait au moins un qui répondait admirablement aux besoins tactiques et stratégiques de sûreté de l’aviation civile : le programme S.P.O.T. (Screening Passengers by Observation Techniques). Il s’agit là de la première application au milieu aéroportuaire de la détection comportementale (Behavior Detection ou Behavior Pattern Recognition – BPR) en Amérique du Nord.

Durant des années, on a pu apprécier la démarche de la TSA qui, contre vents de particuliers et marées de journalistes, expliquait continuellement – et à raison – que le BPR n’était pas du tout du profilage racial. Malheureusement, cette dernière phrase est écrite au passé. En effet, depuis quelques mois, plusieurs cas apparemment isolés nous démontrent que l’administration américaine est, selon toute vraisemblance, retombée dans les ornières dont elle avait peiné à s’extirper au cours des dernières années.

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La détection comportementale – Échec allégué ou succès ignoré ?

On peut dire beaucoup de choses sur la soi-disant efficacité des niveaux de sécurité (security layers) implantés par la Transportation Security Administration (TSA) dans les aéroports américains. Mais s’il en est un qui mérite une réflexion approfondie, c’est bien la détection comportementale. 

USA Today vient de publier un article qui, pour qui sait lire entre les lignes, s’avère extrêmement révélateur. Ainsi, le quotidien américain critique en ces termes ce programme de détection mis en place par la TSA :

Fewer than 1% of airline passengers singled out at airports for suspicious behavior are arrested, Transportation Security Administration figures show, raising complaints that too many innocent people are stopped.
A TSA program launched in early 2006 that looks for terrorists using a controversial surveillance method has led to more than 160,000 people in airports receiving scrutiny, such as a pat-down search or a brief interview. That has resulted in 1,266 arrests, often on charges of carrying drugs or fake IDs, the TSA said.
The TSA program trains screeners to become « behavior detection officers » who patrol terminals and checkpoints looking for travelers who act oddly or appear to answer questions suspiciously.
Critics say the number of arrests is small and indicates the program is flawed. (…)

Répartition des personnes soumises à contrôle suite à une détection comportementaleEn fait, l’article dit une chose et son contraire. Certes, depuis 2006, moins de 1 % des personnes « détectées » ont effectivement été arrêtées. Mais est-ce la preuve de l’échec de ce programme de lutte contre le terrorisme aux aéroports américains ? Rien n’est moins sûr. Tout d’abord, depuis le début du programme, aucun acte terroriste n’a été commis en lien direct avec un aéroport américain. Dire que le projet est un échec ne veut donc rigoureusement rien dire. Par ailleurs, ce sont tout de même 1266 personnes qui ont été interpellées dans les aéroports de l’Oncle Sam pour un acte délictuel. Autant d’actes qui n’auraient pas été repérés par d’autres systèmes de sécurité de la TSA. En conséquence, le programme est déjà une réussite en terme de lutte contre la criminalité aux aéroports.

Les chefs d’arrestation méritent également notre attention : il s’agit principalement de possession de drogues et de fausses pièces d’identité. Or, sur ce dernier point, on touche clairement à un secteur d’activité qui intéresse au plus haut point les organisations terroristes. De fait, le programme de détection comportementale pourrait bien être un succès aussi en matière de lutte contre le terrorisme.

Certes, on peut trouver que 160 000 personnes soumises à un examen approfondi, cela fait beaucoup pour arrêter 1266 délinquants. Mais cela veut simplement dire que les Behavior Detection Officers (BDO) de la TSA ont encore à affiner leurs techniques. En outre, il faut considérer le chiffre de 15 000 personnes soumises à un interrogatoire de police, soit près de 10 % des personnes détectées. Contrairement à ce que semble penser le journaliste de USA Today, cela n’est pas anodin. Cela signifie que dans près de 10 % des cas, les personnes détectées ont suscité l’attention approfondie de la police. Et que, sur ces 15 000 personnes interrogées, la police n’a découvert des éléments probants justifiant une arrestation sur-le-champ que dans 1266 cas. Il faut en effet se souvenir que, avant son attentat de décembre 2001, Richard Reid, le fameux shoe bomber, avait été repéré à deux reprises au départ d’Amsterdam, par la détection comportementale des employés d’El Al. Interrogé par la police, il avait été relâché, faute de preuves. El Al Le laissa embarquer la seconde fois, non sans placer à coté de lui un agent de sécurité de la compagnie qui l’observa durant tout le vol. Comprenant qu’il lui serait impossible de faire exploser un avion d’El Al, Richard Reid s’est alors tourné vers American Airlines

Je trouve pour ma part les chiffres avancés par USA Today particulièrement éloquents. Ils disent en fait tout l’intérêt qu’il faut porter au programme de détection comportementale dans les aéroports. L’article susmentionné prend pour postulat que la détection comportementale menée par la TSA se limite à une observation de mouvements parasites qui trahiraient la volonté criminelle chez une personne malintentionnée. Pour avoir personnellement suivi un séminaire de détection comportementale auprès de la société qui a formé les agents de la TSA, je me contenterai de dire que cette opinion largement répandue est fausse.

La détection comportementale, qui nous vient des services de sécurité israéliens, s’avère au contraire bien plus efficace et moins intrusive que n’importe quel autre security layer mis en place aux aéroports par le Department of Homeland Security (DHS). Et contrairement à ce qu’avancent certains défenseurs des droits civiques américains, la détection comportementale est tout le contraire d’un profilage racial.